Le sextet de Simon Goubert au Sunside

Le sextet de Simon Goubert au Sunside
Simon Goubert Sextet. Paris. Le Sunside. Vendredi 29 novembre 2008. 21h30.



Simon Goubert : piano
Michel Zenino : contrebasse
Sophia Domancich : piano
Emmanuel Codjia : guitare électrique
Boris Blanchet : saxophone ténor, saxophone soprano
Pierrick Pédron : saxophone alto, saxophone soprano

Concert de lancement de l'album " Background " chez Le Chant du Monde.

La scène est trop petite. Manu Codjia joue au pied de la scène. Il porte sa guitare très haut, presqu'à hauteur du cou.

Simon Goubert teste ses tambours. Les musiciens font semblant de tâtonner. Quand la guitare et les cuivres poussent, il est difficile d'entendre le piano. La contrebasse, elle, se sent toujours. L'entrée en matière est très coltranienne, une longue mélopée qui monte en puissance. Solo un peu torturé de Manu bien poussé par des balais percutants. Simon passe aux baguettes. Ca déménage. Les saxophones rejoignent le bazar ambiant. Je sens la contrebasse et je perçois le piano. Comme disent les commentateurs sportifs : vont-ils tenir tout le match à cette folle allure ? Un spectateur est assis trop près du guitariste. Il doit reculer sa tête pour éviter des coups de manche. Les saxophones font le muezzin. Sophia Domancich prend la main pour organiser ce chaos. Une ligne directrice se dégage. La rythmique part seule. C'est plus Jazz, plus swing. De nombreux spectateurs hochent la tête en mesure. Le sextet repart doucement. Puis ça remonte méchamment en puissance. C'était « Le retour d'Emmanuel Phillibert » (un Duc de Savoie mis en musique par Simon Goubert).

Le concert est diffusé sur France Musiques et dans quatre autre pays européens. La première partie dure jusqu'à 22h30. La deuxième partie jusqu'à 23h59. Tout est chronométré !

« C'est là, quelquefois » (Goubert). Introduction par un solo de batterie aux balais. Je plains ceux qui n'ont jamais eu la chance d'entendre un solo de batterie de Simon Goubert, poète de son instrument. De courtes phrases du groupe viennent ponctuer le solo. Simon fait tintamarrer ses cymbales.Il passe au bruitage en frottant ses tambours avec les baguettes, en passant aux mailloches. Il touille toutes les couleurs de sa palette de batteur. Manu Codjia vient ajouter un son mystérieux de guitare qui dialogue avec les tambours. S'il continue ainsi, les Américains finiront par nous envier Manu Codjia. Le groupe repart. Les deux gars assis devant moi hochent la tête, les yeux fermés. Ils sont dedans. Sur la scène, autant Pierrick Pédron joue en avant, calme et droit autant Boris Blanchet se balance comme un culbuto. Ses phrases sont courtes, très rythmées, poussées par la contrebasse et ponctuées par le piano. Les autres se sont tus. Manu ajoute son grondement. Le groupe repart. Chauffe, Marcel !

22h22. Simon Goubert annonce 8 mn de pause. Ce n'est pas raisonnable pour des Jazzmen. Et pourtant ils reviennent à l'heure. Très fort !

« Geo Rose » composition de Tony Williams, batteur qui a beaucoup compté pour Simon Goubert. Pierrick a pris son soprano. Pour commencer, un solo de batterie léger, puissant, coloré, bien funky avec le pied. Le groupe part. Tous ensemble, tous ensemble, ouais ! Même joué par des Blancs, ça sonne Black. L'homme assis devant moi a fait 3h30 de route depuis le fin fond de la Meuse, en Lorraine, pour venir à ce concert. Il repart aussitôt après. Le lendemain il fera répéter une troupe de théâtre dans son village. Un héros de l'Art!
Quand la rythmique joue seule, je peux enfin entendre le beau son de piano de Sophia Domancich. Simon Goubert martèle un tempo diabolique ponctué légèrement par la guitare et les saxophones. Ca plane pour nous.

Sophia commence au piano vite rejointe par la rythmique et les saxs. Pierrick Pédron reste au soprano. Manu Codjia vient ajouter sa distorsion à l'ensemble. Boris Blanchet se balance comme un Loubavitch devant le Mur des Lamentations. Au Sunside, le mur est derrière lui et dans les mains il ne tient pas une Torah mais un saxophone ténor. Telle est la différence entre l'Art et la Religion. Michel Zenino prend le premier solo de contrebasse du concert. Il est bien grave, bondissant, ponctué par la guitare et la batterie. Un solo de guitare répond, corde pour corde, à celui de contrebasse. C'est la classe mondiale. Ce sextet envoie sévèrement. C'était « Just on Elvin smile » hommage de Simon Goubert à Elvin Jones, LE batteur de John Coltrane.

Un solo de piano tout en douceur lance le morceau suivant. Le rythme de la partie s'est calmé. La rythmique reprend avec Pierrick à l'alto. Simon est aux balais et la rythmique déroule tranquillement le tapis volant. Les saxophones tout en velours et en vibrato les rejoignent. Manu Codjia est au coin, assis sur sa chaise, dégustant tranquillement la musique de ses camarades de jeu. Pierrick se ballade sur la rythmique puis effectue un solo total d'alto viril, rythmé sur un air de ballade. La classe, vous dis-je. C'était « For yesterday » hommage de Simon Goubert à Mac Coy Tyner, LE pianiste de John Coltrane.

« Mister Dean » est un hommage de Simon Goubert à Elton Dean le saxophoniste de Soft Machine, groupe phare du rock progressif anglais des 70's. Elton Dean est mort avant d'avoir pu jouer ce morceau avec Simon Goubert. Une grande blonde est assise derrière moi. Prise par la musique, elle bat la mesure contre ma chaise. Solo de sax ténor. Toujours ces phrases courtes, hachées de Boris Blanchet. La rythmique soutient, la guitare ponctue. Tout le groupe repart. C'est chaud, c'est puissant, c'est bon. Manu Codjia vient ajouter son fluide glacial à la sauce. Les saxophones reviennent. C'est charnu, prenant. Je m'attends à un tintement de cymbale et c'est un roulement de tambour qui vient finir le morceau.

Deux spectateurs arrivent après 2h de concert. Vieux motard que jamais ! Feeling latino sur ce morceau. Après le solo de ténor, Sophia reprend la main et dialogue avec son homme Simon via Michel Zenino. Solo entraînant, virevoltant de saxophone alto. Simon Goubert ne serait-il pas un lointain descendant du grand Sonny Greer ? Puissant, varié, coloré. C'était « The Coaster » de Grashan Moncur III.

« Auroville » de Michel Graillier pianiste avec qui Simon Goubert forma longtemps un superbe trio en compagnie du contrebassiste Alby Cullaz. Simon Goubert s'installe au piano pour un duo avec Manu Codjia. Michel Zenino s'asseoit à la place du batteur pour les écouter. Simon est loin d'être maladroit comme pianiste. L'émotion est là. Il nous fait des effets de vagues. « Et l'unique cordeau des trompettes marines » (Guillaume Apollinaire). Il utilise beaucoup les pédales. Après l'introduction, Manu Codjia advient, frais, précis, aérien. La musique s'envole et nos âmes avec. Le duo change d'acteurs. Il s'agit de la contrebasse face à la batterie maintenant. Simon joue à remuer ses baguettes l'une contre l'autre. Sophia et Pierrick remontent sur scène. Dialogue contrebasse/batterie aux balais de haute tenue. Simon repart aux baguettes. Sophia les rejoint. Les saxophones ténor et alto reprennent. Cela ressemble bigrement à du Coltrane. Encore plus quand Boris Blanchet prend un solo au ténor. Il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir... Final groupé, dans le genre d'Olé (John Coltrane).


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# Posté le mercredi 03 décembre 2008 13:22

Modifié le lundi 08 décembre 2008 13:19

Rick Margitza aux Disquaires

Rick Margitza aux Disquaires
Rick Margitza aux Disquaires. Paris. Mercredi 22 octobre 2008. 20h.

Rick Margitza
: saxophone ténor
Laurent Coq : piano
Gilles Naturel : contrebasse
Karl Jannuska : batterie

La salle est petite. Pas besoin de micro. Le son du saxophone n'en est que plus beau.

Rick commence avec un de ses classiques, une sorte de valse. Ca balance doucement, roule comme un chariot vers l'Ouest. Laurent Coq se lance dans un solo de la main droite, la main gauche battant la mesure sur sa cuisse.

Les Disquaires sont un club de Jazz à l'ancienne. Beaucoup de gens parlent pendant le concert. Les musiciens en font abstraction. Aux auditeurs attentifs d'en faire autant.

Il y a deux publics dans la salle : celui qui est devant la scène pour écouter la musique, celui qui est au fond de la salle pour bavarder sur fond de Jazz en live. Nous applaudissons de temps en temps pour rappeler aux bavards qu'ils assistent à un concert. Le problème est qu'il y a plus de gens derrière à bavarder que devant à écouter.

Un air vaporeux, langoureux, mystérieux s'élève dans l'air. Il y a 20 ans Rick Margitza jouait dans les plus grandes salles du monde avec le groupe de Miles Davis. Aujourd'hui il joue dans un petit club parisien où plus de la moitié du public ne l'écoute pas. Sic transit gloria mundi. Peu importe. Les gars jouent comme si de rien n'était. Ca balance, monte doucement en puissance avec la rythmique. L'avantage de la petite salle c'est de se trouver à un mètre d'un Géant du saxophone ténor qui joue sans micro, directement du producteur au consommateur. Sans micro, le son a plus de chaleur, plus de vie. Ils montent et couvrent le bruit des bavardages. Chouette ! Pendant le solo de contrebasse, on réentend bien les sauvages sans oreille. Rick Margitza possède cette majesté du son au ténor et cette densité émotionnelle qui sont la marque des Grands. Même les bavards applaudissent.

Je crois entendre un standard du bebop mais c'est un blues de Pat Metheny d'après mon voisin, Italien et guitariste de Jazz. Le piano s'est arrêté. Ils jouent en pianoless trio comme Sonny Rollins couvrant le bavardage. Eux ne bavardent pas mais nous parlent. Rick s'efface. Laurent Coq se lance à nouveau avec sa main droite seule. Un bon blues rapide est ponctué de séries de breaks de batterie efficaces. Le final est viril et musclé au saxophone ténor.

PAUSE

Un saxophoniste alto s'est ajouté au groupe. Ca sonne bebop. Riock lance, l'alto répond. Rick se lance, vif, volubile, poussé par la rythmique. Le petit jeune prend la suite au saxophone alto. Très parkerien dans le style. Il a encore le temps de trouver son son. S'il en est capable. Les solos de contrebasse de Gilles Naturel sont à l'image de son nom. Malheureusement les bavardages empêchent d'en profiter pleinement. Quand les deux saxophonistes jouent ensemble, le ténor domine. C'est lui le Boss.

Un deuxième saxophoniste ténor vient s'ajouter au groupe. Il était spectateur du premier set et devient acteur du deuxième. Margitza lance les débats vite rejoint par les deux autres souffleurs. L'air est rapide, swinguant. Le saxophone alto prend sa part puis le deuxième sax ténor. C'est classique, techniquement impeccable mais, émotionnellement, ça manque de poids. Quand Rick joue à son tour, c'est le même instrument mais ça sonne différemment. Après cela, place à la rythmique. Laurent Coq se lance dans un nouveau solo de la main droite. Un bel exercice de style. Il se lance ensuite à pleines mains sur le clavier et ça balance. Les saxophones prennent chacun leur tour propulsés par la rythmique avec des breaks de batterie très efficaces.

Le public est trop bavard mais aucun club de Paris ne peut se vanter d'accueillir autant de jeunes filles en fleur. Faute de spectateurs, les Disquaires ont fermé fin novembre 2008. L'expérience se prolonge une fois par semaine, le samedi soir, à la Fontaine, rue de la Grange aux Belles, Paris 10e, métro Colonel Fabien. Un retour aux sources pour l'équipe des Disquaires qui en avait été chassée par une voisine gênée par le volume sonore des concerts. Il faudra que j'y retourne.
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# Posté le mardi 02 décembre 2008 14:33

Modifié le lundi 08 décembre 2008 13:19

Thierry Péala New Edge Trio n°2

Thierry Péala New Edge Trio n°2
Thierry Péala. New Edge Trio. Paris. Le Duc des Lombards. Lundi 24 novembre 2008. 22h.

Thierry Péala
: voix
Bruno Angelini : piano
Francesco Bearzatti : clarinette en si bémol, saxophone ténor

Francesco Bearzatti a remplacé Sylvain Beuf comme souffleur attitré du New Efge Trio de Thierry Péala. Bruno Angelini reste fidèle au poste.

Ca commence à la clarinette avec une citation des « Don Juan » de Claude Nougaro. C'est le début du voyage. Cette musique va bien avec la fin novembre. Elle est fraîche, crépusculaire. Thierry joue des balais avec sa voix. Francesco fait gémir sa clarinette. Une dernière citation des « Don Juan » pour finir.C'était « Longtemps ».

« Rue Calmette ». Francesco sort des grondements de sa clarinette. On ne s'y attend pas avec cet instrument. Thierry refait des balais avec sa voix pour lancer le rythme. Qui est cette fille avec qui il jouait rue Calmette ? La chanson s'anime, en écho de ces jeux d'enfants. Tout le monde pousse vers le haut. Puis le piano redescend tout en douceur. La chanson se termine sur un « You are gone » étiré.

Solo introductif de clarinette tout en douceur et en volutes, avec de l'humour aussi. La musique sautille, riguedonne. Francesco fait plein de gags sonores. Après cette longue introduction un peu folle, le trio enchante sur un air rapide et entraînant. Ca sonne comme un traineau filant sur la neige tiré par des chiens joyeux. Avec Francesco Bearzatti, le jeu est plus ludique, plus foufou qu'avec Sylvain Beuf, le précédent saxophoniste. Solo superbe de Bruno rythmé puis rêveur. Le trio repart pour s'envoler, filer à travers plaines et forêts enneigées. Ils finissent en comptine, distillant les notes.

« Comment te dire adieu » (Serge Gainsbourg). Francesco prend son sax ténor. Il ralentit la chanson. Il tapote son saxophone comme un tambour de cuivre, tenant le rythme pendant que Bruno et Thierry embellissent la mélodie. Puis il se met à souffler tout en gardant son rythme de percussion. Thierry chantonne et l'émotion monte.

Thierry commence seul par un scat. Bruno le rejoint en trifouillant le piano. Francesco souffle dans son anche, détachée du saxophone. Puis il reprend son saxophone. C'était très rythmé et ça devient une ballade. Ils enchaînent sur un autre morceau bien rythmé. Les attaques du saxophone et du piano sont franches et viriles. Ca swingue méchamment. Francesco sait faire grogner le sax ténor comme un hard bopper. Avec ses halètements et ses palmas, Thierry y ajoute encore plus de funk.

Retour au calme avec un « Tea for two » tout en douceur et en velouté. C'est un duo piano chant que Francesco vient compléter avec vigueur tout en restant dans l'esprit du morceau.

S'ensuit une composition de Bruno inspiré du film « Mortelle randonnée » de Claude Miller. Une randonné à cheval vu la vitesse à laquelle elle progresse. Thierry fait les percussions entre piano et saxophone. Après une phase toute douce au piano, ça repart en trio, énergique et percussif. Ils citent un standard dont le titre m'échappe. Ca swingue très efficacement. Ils repartent sur un de leurs morceaux, bien énergique lui aussi, une sorte de course poursuite.

« Solange » est un hommage de Bruno à sa grand-mère. Francesco a repris sa clarinette et un jeu tout en douceur, en volutes. La clarinette pousse des petites plaintes.

Un duo saxophone ténor/voix sur un standard « Lover girl », c'est-à-dire un « Lover man » adapté pour homme hétérosexuel pratiquant. Une version très funky, très percutante. Bruno les écoute, yeux fermés, tête baissée, battant la mesure.

« Francisca » clôt cette galerie de portraits musicaux. Le duo voix/sax ténor entame le morceau.Bruno les rejoint. Le duo piano/ténor est ponctué par les palmas de Thierry. Ce morceau souple, tout en ondulations achève de nous enchanter pour la soirée.

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# Posté le mardi 25 novembre 2008 16:16

Modifié le jeudi 27 novembre 2008 13:55

Le Trio de Tigran Hamasyan à Paris

Le Trio de Tigran Hamasyan à Paris
Tigran Hamasyan Trio. Paris. Le Sunside. Mercredi 19 novembre 2008. 20h.

Tigran Hamasyan
: piano
François Moutin : contrebasse
Louis Moutin : batterie
+
Claudia Solal : voix

Tigran commence seul au piano un air de ballade. Il y a des traces de gavotte bretonne dans cette introduction. Ca s'accélère avec la rythmique. Ca va pulser de plus en plus. Louis Moutin, moissonneur-batteur, fauche en rythme. La main droite de Tigran déroule les aigus de façon vertigineuse puis le groupe repart sur un air plus funky. Des phases de calme alternent avec des phases agitées. Cette musique est sous contrôle et a de quoi vous rendre fou. Martial Solal a trouvé son successeur. Ce n'est pas pour rien que les frères Moutin accompagnent Martial Solal (81 ans)et Tigran Hamasyan (21 ans). Les frères Moutin ont l'âge d'être les fils de Martial Solal et les pères de Tigran Hamasyan. A eux deux, ils assurent le pont entre deux générations de génies du piano. Grâces leur en soient rendues. Après un solo ébouriffé de François Moutin, son frère Louis tapote joliment les tambours. Problème : Louis se met ensuite à fracasser des cymbales qui ne lui ont rien fait de mal. Ce genre de démonstration enthousiasme le public. Rendez nous Roy Haynes ! C'était « World Passion » morceau titre du premier album de Tigran.

Le deuxième morceau a été composé en octobre 2008 et n'a pas encore de titre. Ca ondule légèrement comme une mer calme sur le rivage. C'est beau d'entendre un magicien en action. Louis est obligé de tricoter doucement sur les cymbales ce qui lui fait grand bien. Nom de Zeus que c'est beau ! Tigran est un des très rares artistes capables de me faire monter la larme à l'½il. Ca monte doucement en puissance, en trilles. Le vent souffle dans les branches des pins maritimes. Un jour ce garçon aura l'audace de se lancer en solo. J'attends ce jour avec gourmandise.

Tigran repart sur un autre ballade. Louis joue à mains nues sur ses tambours. C'est là qu'il est le meilleur. Ca accélère doucement. Louis a repris les baguettes. Même quand Tigran joue viril, charnu, il est tellement fluide dans son jeu que ça glisse. Il alterne le tempo rapide, musclé avec le tempo lent, doux. Tiens une petite citation de « My favorite things ». Dès que ça joue vite et fort, Louis Moutin révèle ses limites alors que François et Tigran semblent illimités. En pleine montée, ils s'arrêtent net pour revenir au thème de départ, tout en douceur.Ils repartent à fond les manettes pour finir d'un coup.

Une invitée surprise monte sur scène, Claudia Solal, la fille de Martial. Un duo inédit piano/voix s'ensuit. « A duet ? Let's do it ! » plaisante Claudia. C'est une sorte de ballade étrange sur laquelle Claudia émet les vocalises dont elle a le secret. Ils échangent des trilles dans l'aigu. Ils s'amusent bien. Pour l'auditeur, c'est stimulant, dérangeant. Dans une bande son de film fantastique, ça mettrait une bonne ambiance. La voix est ici un instrument. Pas des mots mais des sons, des bruits, des souffles, des borborygmes. Ca joue.

Claudia reprend son livre de poèmes d'Emily Dickinson. Cela fait plusieurs années qu'elle improvise dessus en duo avec le pianiste Benjamin Moussay. Ce soir ce sera avec le trio de Tigran Hamasyan. C'est une ballade. Claudia articule les mots, les embellit, les magnifie. Le poème parle du Paradis (Heaven) et nous y sommes.

Le poème suivant porte sur l'espoir (hope). Le jeu est un peu plus musclé. Le piano dans les graves, le batteur aux baguettes, François va chercher le son en bas de sa contrebasse. Une onde envoûtante nous enveloppe. Claudia s'en va.

Le trio reprend avec un standard « Solar » de Miles Davis, celui qui a inspiré le nom de scène de Claude M'Barali. Dans le traitement de ce standard, la filiation avec Martial Solal est évidente. Cette façon cubiste de disséquer une mélodie de face, de profil et de trois quarts en même temps. La musique virevolte comme un numéro de haute voltige.Tigran se tait pour laisser les deux frères jumeaux discuter entre eux. La contrebasse mène la danse. La batterie ponctue. Le dialogue est vif et léger. Tigran les rejoint et la tension monte autour de la batterie. Louis envoie son coquetèle frappé.

Une blonde demoiselle assise presque par terre, sur un pouf, garde la tête baissée pour mieux entrer en elle même et dans la musique. Elle ne regarde les musiciens que pour les applaudir à la fin de chaque morceau. Il est 22h05. Le public du concert suivant attend. Tonnerre d'applaudissements. Révérences à la salle mais pas de rappel.
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# Posté le vendredi 21 novembre 2008 15:12

Modifié le jeudi 27 novembre 2008 13:17

Jazz manouche au cinéma

Soirée Gipsy Jazz au Racine Odéon. La collection de Jo Milgram.

Jo Milgram a collectionné les films sur le Jazz des années 1930 aux années 1990. Avant de mourir, il a légué sa collection à la Cinémathèque. Le cinéma Racine Odéon, rue de l'Ecole de Médecine, Paris 6e (métro Odéon) en diffuse des morceaux choisis.

La soirée du mardi 18 novembre 2008 était consacrée au Gipsy Jazz : Django Reinhardt et Stéphane Grapelli qui, lui, était un Rital.

La prochaine soirée aura lieu le mardi 16 décembre 2008 et sera consacrée aux Night Clubs.


Le premier film, en noir et blanc, datait de 1957 et était consacré à Django Reinhardt (1910-1953), le plus grand guitariste du XX° siècle. Beau texte de Chris Marker dit en voix off par Yves Montand. Les films de Django sont très rares. On l'entend beaucoup, on le voit un peu en photo. Django qui jouait de la musique tzigane traditionnelle, a découvert le Jazz sur la Côte d'Azur, en écoutant les disques de Louis Armstrong et Duke Ellington grâce au peintre Emile Savitry. Django pleura en écoutant Louis. De belles images de Samois sur Seine (Seine et Marne, Ile de France) nous font revivre l'ambiance des dernières années de Django au calme, au vert. Sa composition « Pêche à la mouche » la fait revivre. Django mourut d'une congestion cérébrale, assis sur un banc en regardant la Seine. Il est enterré dans le cimetière de la commune et un festival de Jazz manouche célèbre sa mémoire chaque année.

Le deuxième film en couleur, réalisé par Pierre Bouteiller et Jean-Christophe Averty, date de 1991. Il est consacré à Stéphane Grappelli (1908-1997), le deuxième homme du Quintette du Hot Club de France, le premier groupe de Jazz au monde sans tambour ni trompette pour reprendre le titre d'un album de Martial Solal (l'album en duo Solal/Grappelli vaut le détour). Il retrace sa carrière en deux parties. Seule la première, qui va jusqu'à la Deuxième Guerre Mondiale, était diffusée. Stéphane raconte ses apprentissages, ceux de la rue plutôt que ceux de l'école, même s'il a réussi à passer par le conservatoire.Il a appris le violon en regardant les musiciens de rue et le piano en pianotant dans un bistrot. Tout cela avant l'âge de 14 ans. Stéphane raconte sa découverte fortuite du Jazz en écoutant des disques au Lunapark, sa rencontre avec Django qui cherchait un violoniste « qui a du genre ». Il explique ses difficultés à travailler avec un Django qui n'avait aucun sens de l'heure. Django rata son concert en vedette de l'orchestre de Duke Ellington à New York, Carnegie Hall, parce qu'il avait rencontré son pote boxeur Marcel Cerdan dans un bar de Manhattan. Stéphane parle, blague, joue du piano. On le voit en concert de 1960 aux années 1980. Comme l'expliquait Pierre Bouteiller pour présenter son film, Stéphane Grappelli fut avec Nathan Milstein le seul violoniste qui savait encore jouer juste passé 80 ans.

Toute cette musique est un enchantement permanent, la mélodie du bonheur, tout simplement. Il suffit pour s'en persuader de regarder la mine ravie des spectateurs en sortant de la séance.
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# Posté le vendredi 21 novembre 2008 14:48

Modifié le vendredi 21 novembre 2008 17:14