Lennie Popkin, nostalgique du Cool

Lennie Popkin Trio. Paris. Le Duc des Lombards. Jeudi 15 janvier 2009. 22h.

Lennie Popkin
: saxophone ténor
Gilles Naturel : contrebasse
Carol Tristano : batterie


Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Lennie Popkin est un disciple du pianiste et compositeur Lennie Tristano, Maître du Cool Jazz. Carol Tristano, fille de Lennie Tristano, est l'épouse et la batteuse de Lennie Popkin. Entre les deux, Gilles Naturel s'insère naturellement. Il est le témoin fidèle de ce dialogue de couple.

« All the thoughts you have » de Gilles Naturel est une variation sur le standard « All the things You are » comme vous l'aviez deviné sympathiques lecteurs, charmantes lectrices. Lennie joue toujours aussi cool. Il laisse le son sortir de son instrument plus qu'il ne le projette. Gilles joue à l'archet. Carol décompose le tempo au ralenti. Lennie Popkin est dans la lignée de Lee Konitz et Wayne Marsh, nostalgique du Cool. Gilles, en pizzicato, discute avec Carol. Ce trio joue depuis des années. Cela s'entend. C'est fusionnel. La musique respire. Rien n'est en trop et rien ne manque non plus.

« What is this thing called love ? », un standard. Le tempo est plus rapide que le précédent morceau. Evidemment ce n'est pas joué comme Sonny Rollins avec Wilbur Ware et Elvin Jones au Village Vanguard en 1957. Le jeu de batterie devient plus musclé. Le saxophone volète comme un moineau. Cette musique berce l'âme. Lennie Popkin fait partie de ces « petits » maîtres du Jazz qui nous donnent de grandes leçons de vie et de musique. Carol déroule son solo de batterie, tranquille et percutante. Pas d'esbroufe, défaut courant chez les batteurs. Elle ne frappe pas, elle impulse.

« These foolish things », autre standard, une ballade. Avec Lennie Popkin, à chaque concert, le Great American Songbook est revisité. Superbe solo final de Lennie.

« Starline » de Lennie Popkin. Ce n'est pas un standard mais ça y ressemble comme les compositions de Sonny Rollins. Ca vole avec grâce et légèreté. Les musiciens jouent, sautillent, progressent.

Un morceau plus dynamique. Bigre, ça m'a tout l'air d'être un standard mais je ne le reconnais pas. Lennie Popkin est le gardien d'une tradition, le Cool Jazz, que bien peu de musiciens font vivre. C'est pourquoi il est si important d'aller l'écouter en concert.

« Out of nowhere », un standard, pardi ! C'est une ballade. It's smoothy comme disent les Américains. C'est doux, chaud, confortable. Solo tout en finesse de Carol Tristano aux balais. Elle caresse le tempo.

Après chaque morceau, les musiciens se réunissent pour discuter démocratiquement du choix du morceau suivant et de la manière de le jouer (tempo, clef...). Le répertoire est connu mais l'ordre d'éxécution n'est pas fixé. « You would be so nice to come home to », un standard, tiens donc.Même quand ils jouent vite, c'est toujours con dolcezza, morbidezza dirais je même. Beau dialogue contrebasse/batterie aux baguettes. Tout cela est simple et juste. La relance se fait sans effort ni relâche. Tout coule. Fin sur un souffle.

« Song Vander » de Gilles Naturel. Est-ce un hommage à Maurice, le pianiste ou à Christian, le batteur, son fils ? C'est une ballade. La leçon de cool se poursuit.

Retour aux standards avec « After You've gone ». Le tempo est rapide, léger. Il n'y a pas d'attaque dans le jeu du saxophone. « De la musique avant toute chose et pour cela préfère l'impair. Sur lui rien ne pèse ni se pose » (Paul Verlaine). Le Cool, c'est cette émotion là. C'est plein de détails étonnants dont la découverte est réservée aux esprits curieux et aux oreilles attentives. C'est le dernier morceau. Carol Tristano en profite pour envoyer la musique. Cela reste construit, cohérent, chantant.

Ce beau concert d'un trio au jeu pur et limpide fut malheureusement gâché par un bavardage incessant à voix haute des spectateurs penchés au balcon du Duc des Lombards. Les musiciens n'y prêtèrent pas attention mais cela gâcha mon bon plaisir. Les spectateurs placés devant la scène, eux, mangeaient et parlaient avec modération. C'est une question d'éducation. Je suggère donc au propriétaire du Duc des Lombards d'installer sur le fond de scène un panneau lumineux sur lequel serait écrit : « Prière de se taire pendant le concert ». Peut-être cela pourrait-il résoudre ce problème.
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# Posté le mardi 20 janvier 2009 14:54

Deux âmes et quatre mains pour Michel Petrucciani

Deux âmes et quatre mains pour Michel Petrucciani
Paris. Le Sunside. Lundi 12 janvier 2009. 21h30.

Alain Jean Marie : piano
Emmanuel Bex : orgue Hammond

Michel Petrucciani, pianiste français (1962-1999), avait enregistré un album live « Conférence de presse » en duo avec l'organiste Eddy Louiss. Cette soirée du lundi 12 janvier 2009 au Sunside fait partie d'une série de concerts dans les clubs de Jazz parisiens en hommage à " Petru " pour les 10 ans de sa disparition.

Ils jouent face à face. Vus de la salle, Alain Jean Marie est à gauche de la scène, Emmanuel Bex à droite.

Introduction en piano solo. Le duo part doucement. Le swing monte tranquillement. Emmanuel Bex joue plutôt classiquement pour l'instant. La complicité est évidente. C'est du badminton. Le volant ne retombe jamais.

« Looking up » composition de Michel. C'est un morceau swinguant qui nous emmène vers le haut comme son titre l'indique. Ca balance pas mal à Paris. Si Michel entend ça, il peut se réjouir car il n'est pas oublié. Bex porte un blouson de cuir et des lunettes noires. Un vrai cat. Bien que nous soyons un lundi soir, la salle est pleine. La bonne musique peut encore attirer du monde. C'est rassurant. Chacun des deux musiciens a sa partie dominante. L'échange des rôles se fait tout naturellement. Le fluide circule. C'est doux, c'est chaud, c'est bon. Alain Jean Marie ajoute une pincée de chaloupé antillais au morceau.

« Italian Soul » composition d'Alain Jean Marie. C'est une ballade qui évoque la dolce vita. Bex enlève lunettes et blouson de cuir dévoilant une superbe chemise à motifs géométriques. La musique est délicate sans affèterie, raffinée sans préciosité.

« My bebop tune » de Petru. Ce morceau est plus dynamique, plus rythmé que le précédent. Les ruptures typiques du bebop y sont. Nous savourons la nuit et le moment. Tout le monde retient son souffle jusqu'à exploser en applaudissements au final.

Bex commence son trafic sonore avec sa voix. Il y ajoute des nappes d'orgue. Alain ponctue doucement au piano. C'est la « Solitude » d'Emmanuel Bex, pas celle de Duke Ellington ou de Gilbert Bécaud. Les applaudissements cessent vite. Le public reste concentré sur la partie. Alain a repris la main. Ca plane pour nous. Alain Jean Marie est applaudi. A Bex de dérouler le velours de la mélodie.Il prolonge avec sa voix, trafiquée via le Vocoder, le son de l'orgue.

Une composition de Petrucciani plutôt joyeuse, enlevée qui swingue avec virilité et légèreté. Nous sommes plusieurs à hocher de la tête en mesure. Bex fait la basse tout en improvisant. De belles descentes harmoniques avant de repartir sur le thème. Ca swingue léger et efficace. La classe.

Je profite de la pause pour discuter avec mon voisin, un architecte vénézuelien, diplômé en arts plastiques de l'université Paris VIII, venu passer un mois de vacances en famille à Paris. Père, mère, fils, oncle tout le monde parle français et aime le Jazz. Ca c'est Paris !

« Brazilian Suite » de Petrucciani. Bex a remis les lunettes noires et le blouson de cuir. La pause a dû le refroidir. Ca swingue léger, avec douceur et gravité.

« Sous le vent » d'Emmanuel Bex est une variation sur le thème de Miles Davis « So What » (album « Kind of Blue », 1959). C'est musclé. Bex a enlevé les lunettes noires et le blouson pour être plus à l'aise. Une belle berceuse rythmée. Quelle écoute, quel dialogue entre les deux musiciens !

« Petite Louise » de Petrucciani. C'est une ballade qu'Alain commence seul au piano. Il distille l'émotion au bout de ses doigts. Sur un signal sonore, Bex, qui a remis ses lunettes noires, enchaîne. Bex se remet à chanter en harmonie avec son orgue, sur la même tonalité. Il vocalise plus qu'il ne chante d'ailleurs.

Bex enlève ses lunettes noires car le morceau suivant est plus swinguant. Il joue l'introduction. Les mains au dessus des touches du piano, Alain Jean Marie attend son tour. Bex fait tourner l'orgue Hammond.Alain ponctue de quelques notes au piano. Après ce beau solo d'Emmanuel, Alain reprend la main. Bel échange coup pour coup entre piano et orgue. C'était un standard « I am old fashioned ». J'avoue que je ne l'avais pas reconnu.

« Latin Alley » d'Alain Jean Marie. Le piano introduit, fait des vagues. L'orgue enchaîne. La Mer est chaude. Bex traficote avec sa voix. Ca ondule toujours. Sur le final d'Alain, le temps suspend son vol.

A la deuxième pause, il est minuit. Il est l'heure pour les honnêtes travailleurs d'aller se coucher. Bonne nuit les petits.

La photographie d'Emmanuel Bex est l'oeuvre du Raffiné Juan Carlos Hernandez.
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# Posté le samedi 17 janvier 2009 06:02

Modifié le samedi 24 janvier 2009 14:24

Poète vos papiers!

Poète vos papiers!
« Poète vos papiers ». Sextet d'Yves Rousseau. Paris. Studio de l'Ermitage. Mercredi 17 décembre 2008. 21h.

Yves Rousseau : contrebasse
Régis Huby : violons
Christophe Marguet : batterie
Jean Marc Larché : saxophone soprano, alto
Claudia Solal : chant
Jeanne Added : chant

Il y a un an je venais ici écouter ce spectacle hommage à Léo Ferré pour la première fois. Je retourne l'écouter pour la quatrième fois.

Claudia Solal est méchamment enrhumée et chante avec son écharpe autour du cou. Pourvu qu'elle tienne. La salle est presque vide. Tout dépend du lieu et du jour. Aux Arènes de Montmartre cet été c'était plein à craquer.

Claudia déclame ses mots sur un ton plus grave que d'habitude. Le voile du rhume ajoute une émotion neuve à sa voix. La musique court comme des soldats au pas de charge. L'assaut à la laideur est mené sans merci.

« Je suis l'Apocalpypse » lance Claudia ponctuée par la scansion rythmique de Jeanne. Passage au sax alto. Régis Huby reste au violon acoustique. Saxophone et violon se répondent d'un bout à l'autre de la scène. Même devant un public clairsemé, même avec une chanteuse malade, cette musique est renversante de beauté. L'encens brûle au bar. C'est pour mieux célébrer le culte de la Beauté.

Régis Huby passe au violon électrique et fait tinter les cordes dans ses doigts comme une harpe. Jeanne mène le bal vocal. Elle n'est pas malade. Ca s'entend. Christophe Marguet tapote ses tambours de ses mains. C'est chaud et dérangeant à la fois. Retour au sax soprano. A la 4e fois j'ai l'impression de connaître ce répertoire et pourtant le charme marche comme à chaque fois. Le groupe accélère et les super nanas ponctuent de leur voix.

« Tristesse de Paris ». Jeanne et Claudia chantonnent avec la contrebasse. Un air mélancolique s'échappe du saxophone. C'est une vision XX° siècle du « Spleen de Paris » cher à Charles Baudelaire.

S'ensuit une chanson sur les morts. Régis Huby revient au violon acoustique et romantique. Jeanne et Claudia reprennent le même texte tour à tour. Le fluide circule.

Vient une chanson plus rythmée, plus ludique. Une chanson d'amour. A la Ferré, flamboyante et grandiloquente. Chanté par ces deux demoiselles, ça flambe. Et les gars derrière apportent fagot et bûches pour que la flamme brûle toujours plus haut. Christophe Marguet nous offre un solo de batterie fanfare viril et musclé. Puis il resdescend grave et lent sur les tambours. C'est bon. Ca résonne dans le ventre. Claudia chante en duo avec la batterie. Christophe Marguet cherche des sons et les trouve. Il est chaud bouillant. Claudia a des problèmes de justesse dûs à son état de santé. A celle qui a beaucoup donné, il sera beaucoup pardonné.

Claudia enchaîne « Madame la Misère » en duo avec le batteur. Puis elle se tait. Le groupe part sur une mélopée chantée par Jeanne Added ponctuée par les roulements de tambour majour de Christophe Marguet. Claudia reprend la chanson en italien ( Léo Ferré a fini sa vie dans une ferme perchée sur les collines de Toscane). La mélopée se poursuit derrière. L'émotion monte, pas le son.

Les deux chanteuses lancent « Le plus beau concerto du monde est celui que j'écris sur les claviers jaloux de ton corps ébloui ». C'est une magnifique chanson d'amour accompagnée par le violon à l'archet et la contrebasse en pizzicato. Cette chanson a dû être écrite au pied du lit où l'être adoré dormait.

Après cet intermède calme, ça repart rock'n roll avec les hululements de Jeanne Added boostée par le groupe. C'est « Le Testament » chanson où Léo Ferré annonce sa mort et son héritage à sa bien aimée. Les demoiselles de Paris se sont réparties les rôles. Le plus souvent, Claudia chante, dit et Jeanne crie, gémit, hulule, fait en bref ce qui est le plus fatiguant pour les cordes vocales.

Ils enchaînent avec une séance de bruitage entre violon électrisé et batteur aux balais. Claudia Solal entame « L'été s'en fout ». Jeanne Added prend la suite en duo avec le violon. Encore une chanson d'amour mais si originale. Le genre de chansons que la Star Academy ne reprendra jamais. Jeanne reprend la suite du texte. Chant léger du saxophone, vocalises de Claudia.

Sur « Les passantes », Jeanne commence en duo avec le violon. Yves Rousseau passe à l'archet. Ca virevolte avec les balais et le sax.

Un air mystérieux surgit avec des percussions et des clochettes. Le saxophone s'élève au dessus d'une nappe sonore tirée par les archets et frappée par les maillets. C'est aigu, ça vrille. La voix de Léo paraît sur la scène. Claudia chantonne, Jeanne chante. C'est une autre chanson d'amour « Rappelle toi ». « Si je meurs avant toi, je veux que tu souffles un vent de tous les diables au cul des gens apprenant notre amour à leurs c½urs impotents et que Dieu voyant ça siffle la fin du monde. Et si tu meurs devant, je suivrai à la trace comme un chien perdu sans collier ni pâtée suit à la place où son bonheur si bêtement s'est arrêté ».

« Où va ce monde ? » suivi de « Tête à tête ». Jeanne chante et Claudia vocalise. Le groupe pousse doucement avec un beau numéro virevoltant sur les tambours de Christophe Marguet.
Le groupe enchaîne. Régis Huby refait de la harpe avec son violon électrique. La chanson claque comme un coup de vent sur la Baie des Trépassés. Régis alterne les coups d'archet et les pincements de cordes. La voix de Claudia s'est échauffée et sonne mieux. Claudia et Jeanne chantent ensemble. Sax alto et violon se répondent. Basse et batterie impulsent.

Pour finir « Il y a ». Jeanne commence à vocaliser avec la contrebasse. Le groupe enchaîne doucement derrière. Jeanne tient sa mélopée grave, Claudia vient vocaliser au dessus en plus aigu. Derrière, le groupe tempête. La voix de Léo Ferré s'élève chantant sur scène (à Bobino ?) « Il y a » en duo avec son pianiste aveugle. Musique et voix baissent doucement pour faire la place à Léo. Musique et lumière s'effacent doucement.

Yves Rousseau annonce que Claudia Solal a une fièvre de cheval, la félicite pour son professionnalisme et lui laisse le choix de faire le bis ou non. Elle le fait. C'est un classique de Ferré « Les copains de la neuille, les frangins de la night, ceux qu'ont le portefeuille plus ou moins all right ». Elles commencent a capella. Un spectateur siffle l'air avec justesse. Le groupe reprend. Au revoir et merci pour tout.

La photographie de Christophe Marguet est l'oeuvre de l'Immense Juan Carlos Hernandez.
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# Posté le mardi 06 janvier 2009 15:57

Modifié le mardi 20 janvier 2009 14:59

Dave Liebman and Marc Copland live in Paris

Dave Liebman and Marc Copland live in Paris
Paris. Le Duc des Lombards. Lundi 15 décembre 2008. 20h.

Dave Liebman : saxophones ténor, soprano
Marc Copland : piano

Ils cherchent, se cherchent. Le son majestueux du sax ténor se déploie au dessus des petites notes fantomatiques de Marc Copland. C'est un standard joué sur tempo lent. Le jeu viril de Liebman forme un heureux contraste avec le jeu fluide de Copland. Il y a un côté ying et yang dans ce duo. Dave cesse de jouer. Personne n'applaudit de peur de rompre le charme. Cette musique inspire le respect. Solo liquide de Marc Copland. Ca coule comme une rivière de montagne au printemps. Il chantonne la mélodie. Parfois Dave Liebman peut faire sonner son sax ténor comme une flûte. C'était « Invitation ».

« Waltz rise » morceau composé par Dave Liebman et son épouse. Il passe au saxophone soprano. Tout en douceur. Une bande de cadres en goguette dîne au premier rang. Leurs coups de fourchette ne sont pas synchrones avec la musique. Sur un signe de Dave, les musiciens arrêtent de jouer gênés par les conversations au bar. Le bruit de fond cesse. Ils reprennent. La musique volète doucement avec la pointe d'acidité du soprano. En quelques notes, Dave Liebman touche le sublime et s'y maintient. Il se tait et laisse Marc Copland filer ses broderies de cristal. Cette musique est un exercice spirituel.

Intro au piano. Dave reprend au soprano un morceau qui figure sur leur album en duo « Bookends ». Un petit oiseau virevolte sous les nuages. Marc Copland conserve sa prédilection pour les graves de l'instrument. Il chantonne pendant son solo et, pour me démentir, va chercher quelques notes aigues en contrepoint de sa mélodie grave. « Ecoutez ma chanson bien douce » (Paul Verlaine). Est ce lent, est ce rapide ? Ca glisse, ça fuit. L'acidité du soprano revient se mêler à la douceur du piano. Ils montent en puissance doucement mais sûrement. Le micro est trop sensible. J'entends des chuitements du soprano qui nuisent à la pureté de l'écoute. Le piano présente l'avantage de ne pas produire ce genre de son parasite.

« Enfin ! » (en français dans le texte) est une composition de Dave Liebman en hommage à l'élection de Barack Obama. Il introduit le morceau au soprano. Le piano le rejoint pour une ballade malgré le titre dynamique. Le son du saxophone soprano est malheureusement gâché par ces chuintements de l'instrument qui dressent un obstacle entre l'idée musicale et l'auditeur.

Dave Liebman reprend son saxophone ténor. Le Duc des Lombards n'est pas assez chauffé. Les pieds des spectateurs sont gelés. Pour nous réchauffer ils entament « Cantaloupe Island » d'Herbie Hancock. C'est une version au ralenti, décortiquée. Le saxophone ténor ne produit pas les chuintements du soprano. L'île s'est déplacée des Antilles vers la Baltique. D'ailleurs, ça sent le poisson. Celui que mangent les spectateurs du premier rang. La pompe du morceau original est bien là mais subtilement dévoyée. Ca gagne petit à petit en virilité, en swing. Ce morceau figure aussi sur leur album « Bookends ». En solo, Marc Copland ajoute un voile de brume nordique sur la mélodie. Il revient au thème pour relancer le sax ténor. Final en glissando.

Dave reprend son soprano et annonce un thème de Miles Davis et Bill Evans. Je reconnais « Blue in green » tiré de l'album « Kind of Blue ». Ils sont encore gênés par les conversations des spectateurs. Marc Copland attend le silence pour commencer et nous apostrophe en ces termes : « If You want us to play you have to give us an environment where we could play. Thank You ». Ces gars là n'auraient jamais pu jouer au Cotton Club ! Dave Liebman joue assis. Avec le soprano les chuintements reprennent. Mais, même avec des chuintements, cette musique chatouille les étoiles.

La photographie de Dave Liebman et Marc Copland est l'oeuvre du Magnifique Juan Carlos Hernandez.
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# Posté le jeudi 18 décembre 2008 11:19

Modifié le dimanche 11 janvier 2009 15:07

Médéric Collignon et Damien Schmidt duo cosmicomique au Triton

Médéric Collignon et Damien Schmidt duo cosmicomique au Triton
Le Triton. Les Lilas. Samedi 13 décembre 2008. 21h.

Médéric Collignon :
trompinette, claviers, voix, tuyaux
Damien Schmidt : batterie, percussions, voix, guitare basse électrique


C'est leur premier concert ensemble. Il s'agit d'une improvisation. Ils entrent sur scène bras dessus bras dessous en chantonnant. Médéric s'amuse avec ses claviers, Damien avec ses percussions. Le voyage intersidéral commence. La rigueur rythmique du pied de Damien Schmidt est impressionnante. Médéric a aussi des triangles pour percuter. Le pied de Damien rejoint la ligne de basse de Médo. Ca se sent dans le ventre. Ils n'ont pas besoin de pousser le volume fort pour que la musique soit puissante. Médo fait la ligne de basse avec la gorge et la mime avec les doigts. Damien Schmidt en inventivité, en créativité, c'est plusieurs classes au dessus de Philippe Gleizes le batteur habituel de Médéric.

Pourquoi cette musique se joue t-elle dans une salle de concert avec des gens assis ? Une piste de danse devrait être prévue pour se défouler de l'énergie qu'ils nous transmettent. Dance to the music (Sly Stone).

Maintenant Médéric vocalise sur sa ligne de basse jouée aux claviers alors que le batteur fracasse. La frappe sèche, précise de Damien fait toujours merveille.

Le concert est en impro totale. Ils s'amusent et nous aussi. Médéric essaie un nouvel instrument avec un tuyau relié au clavier apparemment. Damien scratche avec sa voix. Ils nous réinventent le chant tribal, version XXI° siècle français. Que ce soit avec ses mains ou des baguettes sur les tambours, il est évident que Damien Schmidt a bu à la coupe du Saint Groove. Médo refait la basse pour l'accompagner puis, miracle de la technologie, fait tinter son clavier comme un balafon. C'est de l'afro beat français et ça sonne.

Enfin il prend sa trompinette. Ca redevient acoustique et je retrouve le genre de joie que donnent Don Cherry et Ed Blackwell dans « Mu ». En jouant vite et haché, le son de Médo rappelle celui de Dizzy Gillespie dont il est le petit-fils caché à mon avis. Il repart aux claviers. Cymbales et tintements se répondent tout en douceur. Les baguettes de Damien se transforment en lanières de cuir tant son jeu est souple et puissant. Un vrai batteur de Jazz. Des petites notes aiguës s'envolent au dessus d'une lave sonore en fusion. Médéric fait l'idiot avec un triangle, Damien avec sa voix.

Le petit garçon assis devant moi n'a jamais vu ni entendu des adultes faire les fous comme ça. Ca l'inquiète un peu. La salle est bondée. Tant mieux.

Médéric essaie toutes sortes de tuyaux d'arrosage sonore puis se lance dans un scratch fou aux claviers, comme un vieux break dance revisité. Damien fait la beatbox. Le petit garçon en a marre et s'en va. Son père est bien obligé de le suivre. Dommage. Il avait l'air d'aimer, lui.

Médo reprend la trompette. Damien joue le rapper US. Damien lance les claps. Médo fait la basse. Damien fait même du rap en français. Son flow est dans le style des Massilia Sound System mais sans l'accent marseillais. Médo trifouille ses claviers avec des baguettes magiques. Il refait la basse sur sa nappe de claviers. Le batteur chante en jouant comme celui des Eagles mais je sens qu'ils ne joueront pas Hotel California ce soir. Cependant ils finissent cette première partie par un petit air idiot de pop music.

Pause

Un larsen pour reprendre. Le larsen meurt écrasé sous un déluge synthétique. Médéric fait sonner sa trompinette comme une flûte. Damien pose les fondations du groove. Claviers et trompinette se mêlent. Le voyage interstellaire reprend. Dizzy Gillespie, Don Cherry, Sun Ra, Ed Blackwell, Elvin Jones peuvent dormir en paix. La descendance est assurée. Légère citation de l'album « In a silent way » de Miles Davis à la trompette.

Damien Schmidt passe à la guitare basse. Il slappe bien. La batterie passe en boucle derrière. Médo chantonne avec un tuyau dans la bouche. Il le quitte vite. Logique. La basse tient le groove. Médo brode ses vocalises. Damien reprend ses baguettes, s'asseoit alors que la basse passe en boucle. Batterie et claviers viennent boucler ces boucles rythmiques. Ca repart sur une sorte de groove hypnotique. Ca marche. La demoiselle assise à ma gauche hoche la tête d'arrière en avant et d'avant en arrière. C'était une reprise de Stanley Cowell, Cecil Mac Bee, Roy Haynes période 70's.

Médéric nous fait un sktech avec des jingles enregistrés sur les claviers. Puis il fait des bruitages avec son Roland. Ils se lancent vraiment. Roulement de cymbale, trompinette, retour au Jazz. Le remix en direct de la trompinette vient en écho. Puis il vocalise tout en remixant en direct. Médo maîtrise de mieux en mieux son outillage et sa musique prend de l'ampleur. Un duo trompinette/batterie d'anthologie alterne avec des phases vocales remixées. Médéric fait à nouveau sonner son clavier comme un balafon ponctué par des roulements de tambours de Damien.

Après quelques jingles ludiques, Médéric fait siffler ses cordes vocales devant le micro. Il va chercher le son loin dans la gorge haut dans l'aigu et bas dans le grave. Il percute ses joues et sa bouche pour trouver un son inouï. Sur la tonalité finale de sa voix, claviers et batterie repartent. La batterie martèle, le clavier joue les grandes orgues, la basse sort de la gorge de Médéric. C'est le grand jeu.

Après ce final en apothéose, les musiciens s'arrêtent, saluent sous un tonnerre d'applaudissements. Pas de rappel. Les musiciens ont tout donné. A nous, spectateurs, de transmettre cette énergie dans nos vies.

La photographie de Médéric Collignon est l'oeuvre du Fantastique Juan Carlos Hernandez.
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# Posté le jeudi 18 décembre 2008 10:39

Modifié le dimanche 11 janvier 2009 15:10