Drew Gress amaigri

Drew Gress amaigri
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> Paris. Le Sunside. Jeudi 26 février 2009. 21h30.
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> Drew Gress
: contrebasse
> Craig Taborn : piano
> Tom Rainey : batterie
> Ralph Alessi : trompette
Tim Berne: saxophone alto
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> Hommage à Charles Mingus pour les 30 ans de sa disparition.

La photographie de Drew Gress et de ses complices est l'oeuvre de l'Inénarrable Juan Carlos Hernandez.
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> Ayant assisté à ce concert en compagnie de Mme G, cette chronique sera écrite à quatre mains.
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> Ca ressemble à du Mingus. Drew Gress joue d'un jouet, un quart de contrebasse, le plus petit modèle de l'espèce. Ca manque de profondeur pour jouer du Mingus. Le piano sonne très heurté. Ce n'est pas Jaki Byard, c'est Craig Taborn. Quand sax alto, contrebasse et batterie jouent ensemble, c'est la danse du serpent. Tom Raney est toujours aussi impressionnant dans son entreprise de déstructuration coordonnée. Pour l'instant, c'est un peu trop sage. Comme s'ils récitaient la leçon de Mingus.
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> Une ballade. La contrebasse murmure, Tom Raney frotte délicatement ses cymbales, Tim Berne susurre au sax alto. Piano et trompette les rejoignent tout en douceur. Ils sont scolaires ce soir. Ce n?est pourtant pas leur genre. Charles Mingus était larger than life. Là c'est smaller. Ils tournent les pages, lisent leurs partitions. Ont-ils assez répété ?
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> Un morceau un peu funky. Bel ostinato au piano main gauche. Ca se réveille un peu. Les cuivres s?énervent pendant que la rythmique poursuit funky, déstructurée et coordonnée par Tom Raney. La rythmique seule. Le piano allège alors que la contrebasse et la batterie martèlent. Les cuivres reprennent en ch½ur avec la batterie. Ca commence à devenir intéressant.
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> Je ne reconnais aucun morceau. Normal, aucun n'est de Mingus finalement. Jouer dans une série de concerts en hommage à Mingus sans jouer du Mingus c'est peut-être la meilleure façon de lui rendre hommage. Le pianiste est très fort dans l'ostinato. La contrebasse improvise par dessus. Le tik tik des cymbales les accompagne. Jolies nappes de cuivres. C'est élégant mais ça ne chauffe pas. Quatre personnes impolies s'en vont. Il y a une entracte pour cela.
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> Ballade. Tom Raney aux balais. Tim Berne se promène sur la mélodie. Son cristallin du piano. Le temps se déploie, se déplie en douceur. C'est le tapis de velours sur lequel les cuivres avancent à pas de chat. Drew Gress annonce qu'ils jouent un mix de vieille et de nouvelle musique. La sienne pas celle de Charles Mingus.
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> Le morceau qui suit est plus déstructuré mais dans la continuité. Tom Raney hache aussi fin qu'un cuisinier chinois. Solo bondissant de Craig Taborn au piano. Lui reste sage, pas ses mains. Tom Raney nous délivre des roulements de tambour dont il a le secret.
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> A la PAUSE, je m'aperçois que je suis placé derrière quatre Talmudistes du Jazz, trois vieux et un jeune. Ils discutent à n'en plus finir sur tel break de batterie de 1972 y compris le jeune qui n'était pas né à l?époque. Impressionnant !
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> Le point de Mme G : Ces musiciens sont habillés comme des ouvriers de Citroën à la Jeannais, près de Rennes, en 1979.
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> Solo de contrebasse décevant sur ce quart de contrebasse. Même avec le microphone, l'amplificateur, ça manque de coffre. La grand-mère manque d'embonpoint. Craig Taborn photographie ses petits camarades en plein concert. Jeu sur l'aigu entre le piano et l'alto. Le trompettiste est un virtuose brillant mais pas émouvant. Craig Taborn s'amuse à brutaliser son piano, Tom Raney sa batterie . Raney fait son solo sur les tambours essentiellement.
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> Le point de Mme G : Ils sont nippés comme des Allemands de l'Est en 1989 : jeans Carrouf ou bénard tergal, polo avachi, chemise « no iron » couleur caca avec tshirt visible en dessous.
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> Le saxophone alto couine comme une porte, trompette wa wa mystérieuse, piano lunaire.
> Le point de Mme G : Ca sonne comme le Groupe de Recherches Musicales époque Shaeffer.
> Tom Raney frotte ses maisns sur les tambours. Beaucoup de frottements,de chuintements, de grincements. La trompette reprend un son clair. Tom Raney est le barman de sons comme disait Jean Cocteau des batteurs. Ils nous font le coup du château hanté la nuit et des fantômes qui dansent dans la lande. C'est grave et dansant à la fois. Une gigue funèbre belle comme un éléphant allant au cimetière. Duel piano/batterie arbitré par la contrebasse. Ils n'ont aucune pitié pour la banalité.
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> « That heavenly hell » tiré de leur dernier album « Irrational numbers ». Démarrage calme puis accélération brusque. C'est un enfer plutôt free jazz. Nouveau duel piano/batterie avec la contrebasse au milieu. Ca secoue !
> Le point de Mme G : Quand le pianiste s'y met et que le batteur le « sert », le bassiste est relégué au rang d'accompagnateur au mieux, de faire-valoir au pire.
> Le batteur pilonne, le pianiste garde l'ostinato sur un tempo infernal et les cuivres se déchaînent, Tim Berne étant plus torturé que Ralph Alessi. Ca devient orgiaque. Ca y est. Ils y sont. Ils brisent le mur du son. Un groupe d'Américains se lève et part. Tim Berne leur montre le mur « The door is that way actually ».
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> Solo de contrebasse. Ca manque de coffre. Un bon ouvrier se reconnaît à la propreté de ses outils. Là Drew Gress n'est pas outillé. C?est une ballade. Ils calment le jeu. Piano et sax alto se répondent mélodieusement. Tom Raney chatouille sa batterie.
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> Duo contrebasse/batterie assez swinguant. Le quart de contrebasse c'est laid à voir et pauvre à écouter. Craig Taborn, seul avec sa main gauche, nous rend fous avec son ostinato. Il le maintient mais l'allège avec la main droite. Tim Berne commence un solo et l?arrête net.
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> That's all, folks !
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# Posté le lundi 23 mars 2009 16:16

Modifié le samedi 18 avril 2009 12:56

Tigran Hamasyan voyage de l'Arménie à l'Amérique

Paris. Le Sunside. Jeudi 12 mars 2009. 21h
Tigran Hamasyan quintet

Tigran Hamasyan : piano, clavier électrique
Ben Wendel : saxophones soprano, ténor
Areni : chant
Sam Minaie : contrebasse, guitare basse électrique
Nate Wood : batterie

Cette chronique est rédigée à quatre mains avec Mme G qui y ajoute ponctuellement son grain de sel.

Swing tout en douceur pour commencer. Une petite complainte légère, dansante jouée au soprano. La chanteuse confond sa voix avec les instruments. Son cristallin de main gauche pour Tigran. Ca coule comme un ruisseau dans la montagne. Tigran vit, ondule avec sa musique. Impro un peu longue du soprano. Derrière la rythmique assure un tempo souple, puissant, bondissant. Ca groove ! Tigran est passé au clavier électrique. Cette rythmique est dense, fusionnelle, compacte, créative, bref Hénaurme. C'était « Sybilla ».

Duo piano/contrebasse avec la voix grave de la chanteuse qui plane aussi. Tigran fait scintiller le piano de mille reflets dans l'eau. Gros son lourd, ancré de la basse électrique. Le sax soprano et la voix se mélangent. Friselis de cymbales. La basse est l'élément terrien. Tout le reste va, court, vole. Le son de la basse devient hard rock FM. Mauvaise influence de Los Angeles sur Tigran étudiant en musique à UCLA. Le piano a disparu dans le magma sonore. Dommage.C'était « Corrupt ». La musique m'a en effet parue corrompue sur la fin du morceau.

« The glass hearted queen ». Cette reine au c½ur de verre est-ce la chanteuse Areni qui semble avoir envoûté Tigran ? Son plus funky de la basse. Piano chantant en medium. Voix et soprano se mêlent bien. A la barbe, aux lunettes noires, au ventre, j'aurais dû me douter que Sam Minaie est un épigone de Jannick Top, un bassiste plutôt qu'un contrebassiste.

« Love Story ». Celle que vit Tigran avec Areni ? Retour à la contrebasse. Solo introductif de Tigran élégant, rythmé. Ca balance doucement avec les tambours tapotés. Chanteuse et sax soprano se suivent à la trace en deux souffles conjoints. Cette chanteuse a de la grâce mais elle est beaucoup moins intéressante que Claudia Solal qui chanta au Sunside avec Tigran Hamasyan il y a quelques mois. En tout cas, Tigran semble amoureux d'Areni et lui tisse un tapis volant. Elle chante sa folle complainte par dessus la rythmique. La batterie est sèche, précise, claire. Areni étire les notes, ne scatte pas, ne swingue pas. C'est une chanteuse arménienne traditionnelle, pas une chanteuse de Jazz ou de Pop. La rythmique sonne mieux sans elle. Le batteur est plus varié dans son jeu que Louis Moutin. Le contrebassiste est moins créatif que François Moutin. Au final, le trio avec les frères Moutin était plus cohérent musicalement. Il me semble que Tigran Hamasyan se disperse, péché de jeunesse (il est né en 1987).

Solo de batterie où les cymbales sonnent comme des steel drums mais qui tourne à la démonstration du requin de studio. Tigran nous fait un scat fou dont il a le secret. Le duo scat /batterie impressionne la jeunesse dans la salle. Solo orientalisant, modal au piano. Ca repart avec la rythmique vif, léger. Tigran monte en puissance aussi véloce main gauche que main droite.

PAUSE

« Road Song ». Solo grave de piano. A nouveau piano et voix se confondent. Contrebasse, batterie aux balais. Tout en douceur avec des passages plus rythmés.

Le point de Mme G.

Le morceau se divise en quatre temps :
1. Le joyeux barde du Mont Ararat
2. Mon bien aimé est Azéri et papa veut pas
3. Mon fidèle yatagan
4. Repose en paix, petite âme


Tigran chantonne. Areni scande, vocalise mais ne swingue pas. Contrebasse et batterie font monter la sauce. Piano, voix, saxophone s'envolent au dessus. Les chevaux courent dans la montagne. Tout s'arrête net pour un solo tout en douceur de piano. Ca c'est Tigran.

« The awakening of Mahej ». C'est un homme m'explique ma voisine Arménienne. En effet le tempo est viril, grave. Retour à la basse électrique. Ca part sans la chanteuse. L'homme s'est réveillé. Solo de basse orientalisant. Joli accompagnement aux tambours. Tigran est passé sur son jouet, le clavier électrique rouge. Tigran joue l'attaque des Martiens tout seul sur son petit jouet. Basse et batterie impulsent. Le sax ténor déroule viril mais correct. C'est tout de même un saxophoniste qui bavarde. Même sur clavier électrique, Tigran revient aux modes puis au piano. Gros son de basse, la batterie scintille et martèle, le piano décolle à toute berzingue.

Nouvelle composition jouée en trio, sans titre pour l?instant. Retour au classicisme de la ballade au format de la rythmique piano/contrebasse/batterie aux balais. Ca ressemble à du William Sheller, à une promenade en bord de mer, à une valse lente. Je propose comme titre « Soir d'automne à Deauville ». La jolie fille sur la plage nous montre son ventre plat. Publicité pour un yaourt ou pour du parfum ?

Le point de Mme G :
Propositions de titres pour le morceau
« Enjoy your fresh yoghurt »
« Up the hills et hop ! »
« Va droit devant Tigran et que Dieu te protège »


Retour sur scène de la chanteuse et du saxophoniste. Il s'agit maintenant d'une chanson traditionnelle Arménienne arrangée par Tigran. C'est vif, joyeux, léger. Les chèvres bondissent dans les verts pâturages d'Arménie. La chanteuse chante en arménien à la gloire d'une jeune fille si j?ai bien compris. Air léger, vif, primesautier qui met aux délices les Arméniens présents dans la salle.

Le point de Mme G :
Les bottes de grand papa sont en cuir vert
Elles vont te botter le cul
Petit présomptueux
Elles vont te botter...


Solo très rapide dans l'aigu de Tigran qui ponctue comme un métronome de la main gauche. Belle dissociation. Quand il joue ce genre de musique, Tigran Hamasyan est vraiment unique. Il déroule main gauche puis repart aussi sec main droite. Un couple de rustres part pendant le morceau alors qu'il est minuit et que le dernier métro est à 1h du matin. Pas d'excuse valable ! Un passage Jazz entre la contrebasse, la batterie, le sax soprano tombe là comme un cheveu sur la soupe, fait tomber la magie et rallonge inutilement le morceau. Tigran vient ajouter du coffre au piano. Une jolie jeune fille devant moi hoche la tête en mesure mais j'ai décroché. Le deuxième set finit là et c'est tant mieux. Tigran Hamasyan représente toujours le présent et l?avenir du piano mais il se disperse. Vivement qu'il se reconcentre pour nous donner plus encore !
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# Posté le lundi 23 mars 2009 16:10

Modifié le mardi 31 mars 2009 15:39

New York. 1969. Les deux saisons de Miles Davis.

New York. 1969. Les deux saisons de Miles Davis.
New York. 1969. Les deux saisons de Miles Davis.

La photographie de New York est l'oeuvre de l'Immarcescible Juan Carlos Hernandez.

40 ans après, replongez avec moi, sympathiques lecteurs, charmantes lectrices dans deux albums qui changèrent la musique populaire du XX° siècle et dont l'influence se fait toujours sentir.

« In a silent way » ou l'hiver.

« Ce qui compte en musique, ce ne sont pas les notes. Ce sont les silences entre les notes » (Miles Davis). Il fallait s'appeler Miles Davis, être surnommé le « Sorcier », le « Prince des Ténèbres » pour intituler un album « De façons silencieuse ».

Nous sommes en février 1969. Miles Davis a écouté James Brown et Jimi Hendrix. Il a aussi écouté le rock anglais. De passage à Londres, il en ramène deux gamins blancs surdoués, le guitariste John Mac Laughlin et le contrebassiste Dave Holland. En 1989, j'ai entendu John Mac Laughlin jouer sur scène « In a silent way ». Le lendemain j'achetai l'album. Depuis je l'écoute sans me lasser.

Ah cette ligne de basse de Dave Holland sur le morceau titre ! Aujourd'hui encore, en concert, Sting fait hurler les jeunes filles avec.

Depuis 1964, Miles a trouvé son équilibre avec son dernier quintet acoustique : Herbie Hancock au piano, Ron Carter à la contrebasse, Tony Williams à la batterie, Wayne Shorter au saxohone ténor. Passant du Jazz acoustique au Jazz électrique, Miles change ses accompagnateurs. Comme un bon entraîneur de sport collectif, il change le personnel à petites doses pour assurer la cohésion et la créativité.

Dave Holland a remplacé Ron Carter à la contrebasse. Herbie Hancock est passé au piano électrique, rejoint par Chick Corea et Josef Zawinul aux claviers. . Ces trois là furent les trois chevaliers des touches des années 70. Seul Miles pouvait les réunir sous sa direction.Enfin John Mac Laughlin ajoute sa guitare électrique , ce blues blanc des Anglais

Tony Williams assure une pulsation à rendre dingue n'importe quelle boîte à rythmes. Quant à Wayne Shorter il joue juste au saxophone soprano. La pochette de l'album prétend qu'il joue du sax ténor mais si mes oreilles ne me trompent pas c'est bien du soprano qu'il joue.

La musique est froide et tranchante comme une lame de rasoir, chaude comme la pulsation de la ville, saisissante comme le vent venu de l'Océan Atlantique tout proche.

C'est l'hiver 1969 à New York. Pour y retourner il suffit d'écouter « In a silent way ».

« Bitches Brew » ou l'été.

« Bitches Brew. Directions in music by Miles Davis » tel est le titre complet de l'album. Cet été là, en août 1969, Miles Davis se lance dans une orgie de musique. Six mois après « In a silent way » le climat et le groupe ont changé. Herbie Hancock est parti mais il reviendra plus tard. Tony Williams n'est plus là et ne reviendra pas. A sa place, Jack de Johnette, autre tambour majeur, découvert avec Keith Jarrett chez Charles Loyd. Keith, lui, rejoindra Miles l'année suivante. Bennie Maupin vient ajouter le son étrange de sa clarinette basse. Le groupe et le son ont grossi, épaissi. Trois claviers, trois batteurs, un percussionniste, une contrebasse, une guitare basse électrique et la guitare électrique de John Mac Laughlin qui a droit à un morceau à son nom.

Plus encore qu' « In a silent way », « Bitches Brew » marque la naisssance du Jazz Rock, du Jazz Fusion. Le rock'n roll n'aurait pas existé sans le Jazz disait Louis Armstrong et la fusion est consubstantielle au Jazz, musique métisse.

Il n'empêche. Jazz fusion est bien le terme qui convient pour cette « bière des putains », ce « brouet des sorcières » préparée et mijotée par le « Sorcier » Miles Davis.

Cette musique est New York l'été. Les yellow cabs en maraude tournent dans la ville. L'ambiance est chaude, moite, vibrante. Touristes et salariés se croisent dans le subway. Ca suinte, ça chauffe, ça vit, ça baise, ça pue, ça enivre.

Toutes ces vibrations sont contenues dans cette musique et bien plus encore.

« Dans la musique contemporaine, Miles Davis définit les termes. C'est tout. C'est son boulot. » (Ralph J.Gleason, notes originales de l'album).

A partir des fondations posées dans « In a silent way » et « Bitches Brew » se bâtiront les groupes phares du Jazz Rock des années 1970 : Weather Report de Zawinul et Shorter, Return to forever de Chick Corea, Tony Williams Lifetime, Herbie Hancock et ses Headhunters. Tous ces musiciens, tous ces leaders, participèrent comme sidemen à ces sessions de 1969 pour Miles Davis.

Un détail pratique pour finir :
« In a silent way » et « Bitches Brew » enregistrés pour Columbia/CBS en 1969 sont disponibles sous la forme de l'album original ou sous forme de coffrets avec d'autres morceaux enregistrés à la même période. Pour les découvrir, les albums originaux suffiront d'autant plus qu'ils sont les seuls à refléter l'unité de pensée et de vision de Miles Davis et de son producteur Teo Macero.

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# Posté le dimanche 15 février 2009 14:48

Modifié le lundi 16 février 2009 14:33

En virée avec Jean Philippe Viret

En virée avec Jean Philippe Viret
Trio de Jean Philippe Viret. Paris. Le Sunside. Vendredi 6 février 2009.21h

Jean Philippe Viret
: contrebasse
Edouard Ferlet : piano
Fabrice Moreau : batterie

La photographie de Jean Philippe Viret et Edouard Ferlet est l'oeuvre de l'Helvétique Juan Carlos Hernandez.

Solo du Boss à la contrebasse pour introduire.La batterie aux mailloches, puis le piano, le rejoignent. Ballade grave. C'est classieux comme disait Serge Gainsbourg. La musique s'anime, s'allège petit à petit. Une onde nous frôle et nous emporte. Cela s'appelle selon l'humeur du compositeur « L'heure est grave » ou « Le ré grave », la corde la plus basse de la contrebasse.

« Les arbres sans fin » titre donné par la fille d'Edouard Ferlet. Le vent court au faîte des arbres.Le contrebassiste passe des doigts à l'archet. De doux, tendre, le morceau devient musclé, charpenté tout en gardant cette grâce légère qui le caractérise. Parfois, sans prévenir, l'émotion monte et nous envahit. Ces musiciens savent ménager le calme et l'excitation.

Ils se taquinent. Le pianiste chatouille la contrebasse avec un archet, le contrebassiste trifouille les cordes du piano.Petit à petit l'ordre émerge du désordre. Une sorte de boogie grave et moderne. Le fluide sympathique circule librement entre les trois musiciens. Selon l'humeur du patron, ce morceau s'intitule « c'est-à-dire » ou « c'est à voir ».

« Vert » de Fabrice Moreau. Ce trio ne joue pas de standards. Il crée son univers et il mérite d'être découvert. Une ballade jouée à l'archet sur la contrebasse. Le temps s'étire et glisse le long de la coulée verte.

Beau duo archet/piano. La musique court dans les alpages comme des chamois qui cherchent l'abri avant l'orage. La batterie gronde tel un torrent dans la montagne. Une accalmie au piano mais la tension reste entretenue par la contrebasse. Une musique qui nous procure un grand bol d'air pur dans un club de Jazz parisien, c'est rare et c'est bon. C'était « Peine perdue ».

PAUSE.

Reprise en douceur au piano. L'archet glisse sur les graves. A nouveau je me sens en plein air, au printemps dans les alpages. C'est une musique pour voyageurs immobiles. Ce morceau d'Edouard Ferlet n'a pas encore de titre.

« Elle est au Sud » (Ferlet). Ca coule de source.

Démarrage à la contrebasse qui entretient la tension avec la batterie. Le piano vole au dessus du volcan.Ca décolle. Le battement des ailes d'oiseau s'accélère. Tout est naturel. Beaux roulements de tambour qui viennent marteler le déroulé du piano. La musique s'efface note après note et prend fin. C'était « Esthétique » ou « Pathétique » question existentielle pour Jean Philippe Viret.

« Les mots rebelles » (ré bémol en contrepet). Solo de contrebasse en introduction. Grave, profond, il touche la corde sensible. La main droite du pianiste vient ponctuer en grave. Quand le trio repart personne n'applaudit. Ces musiciens imposent naturellement le silence et l'écoute. C'est bon mais c'est toujours doux et gentil.

Pour me démentir, le morceau suivant démarre avec un solo de piano, grave et rythmé. Face à l'insistance du pianiste, le batteur matraque de plus en plus fort, hache menu le tempo. La contrebasse participe au combat. C'était « A plus d'un titre » de Jean Philippe Viret.

PAUSE

« Co errance » (Viret). « Le but c'est d'errer ensemble » explique le compositeur. Ils errent, ils avancent ensemble en prenant tous les virages nécessaires et nous les suivons. Fin envoûtante avec la contrebasse tapotée par l'archet.

Ca frotte. Les cordes du piano, un tambour avec des grelots, les cordes de la contrebasse avec l'archet. La musique monte comme la marée. Des vagues d'émotion nous envahissent. C'était « Si peu de choses ».

« Dérive » vogue sur un swing léger. Le bâteau n'a pas perdu sa dérive. Ils savent où ils vont et ils nous y emmènent. Leur petit navire vogue fièrement sur les flots. E la nave va. Un rustre se lève et s'en va au milieu du morceau. Que son Q le gratte et que ses bras raccourcissent !

Un duo somptueux piano/contrebasse révèle des années de complicité en quelques secondes. Le batteur relance aux baguettes. Sur ce morceau là, ça convient bien. Sur d'autres j'eusse préféré qu'il utilisât les balais.

Ce trio existe depuis des années mais le batteur est neuf dans le groupe et plus jeune que le pianiste et le contrebassiste. Cela s'entend. Le son d'ensemble est perfectible mais, avec un tel bagage au départ, l'arrivée ne pourra être que magnifique. A revoir sur scène en plein air au Parc floral de Paris en juillet 2009.

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# Posté le mardi 10 février 2009 15:50

Modifié le mardi 10 février 2009 16:12

Michel Edelin met la flûte en chantier

Michel Edelin met la flûte en chantier
Jeudi 29 janvier 2009. 21h30.
Paris. Le Sunside.

Michel Edelin : flûtes
Jean Jacques Avenel : contrebasse
John Betsch : batterie

La photographie de John Betsch est l'oeuvre du Pétillant Juan Carlos Hernandez.

La salle est presque vide pour cause de froid et de grève. Direction et musiciens remercient le public d'avoir bravé les éléments pour venir. Il s'agit du concert de lancement de l'album « Kuntu » de Michel Edelin.


Avant de commencer la chronique, voici quelques précisions techniques sur ses instruments de la part de Michel Edelin. Grand merci à lui.

" La grande flûte dorée dont la tête est recourbée est une flûte basse.Elle est en Do et sa tessiture se situe une octave au-dessous de la plus petite, en Do également, la plus aiguë des trois. Cette dernière est la plus employée (notamment en musique classique). C'est celle jouée par la plupart des musiciens, flûtistes exclusifs ( Steig, Newton ...) ou sax –flûtistes ( la liste est plus longue). La flûte intermédiaire est la flûte alto. Elle est en SOL. Cela signifie que lorsqu'on joue un do sur cette flûte, on entend un sol ( le piano ou les deux autres flûtes doivent jouer un sol pour être à l'unisson).

A l'inverse quand le piano joue par exemple Do, je dois jouer un Fa sur cette flûte pour entendre la même note. C'est donc un instrument transpositeur, comme le sax alto en Mib (il joue Do pour qu'on entende Mib) ou ténor en Si b (Il joue Do pour qu'on entende Sib).Cette flûte alto (Gflute en anglais) permet de “descendre” un peu plus dans le grave mais l'intérêt réside surtout dans son timbre.

Il existe une flûte octo-basse ( une octave au dessous de la basse) avec de longs méandres de tuyaux et le piccolo ou petite flûte (une octave au-dessus de la flûte en do) dont je me sers peu.
Voilà pour la technique.
"

Solo de flûte basse pour commencer. Une ambiance magique se crée dès les premières notes. Dans une musique de film ce serait parfait pour présenter le calme avant la tempête. Subitement la rythmique part tout en souplesse avec les balais. L'âme du saxophoniste Steve Lacy plane sur ce concert puisque c'est sa rythmique qui joue ce soir. Le batteur fait monter la sauce en grand chef. Michel passe à la flûte traversière. C'est souple, ondulant comme un guépard. Pendant le solo de contrebasse, John Betsch polit son tambour de la main.droite. Le son aigrelet de la flûte s'élève au dessus de la masse en mouvement de la rythmique. La joie et la beauté de Rahsaan Roland Kirk se retrouvent dans cette musique. C'est dire si c'est bon.
C'était « Des cahutes » de Michel Edelin.

S'ensuit « Gazzelloni » d'Eric Dolphy dont la version originale se trouve sur l'album « Out to lunch » d'Eric. C'est bien joué, dans l'esprit du morceau. La rythmique est en feu. La flûte s'enfuit poursuivie par ces flammes. John Betsch à la batterie est présent, massif mais pas lourd. Belle frappe sèche en solo.

Changement de flûte pour une traversière plus longue. Jean Jacques Avenel à l'archet s'accorde avec la flûte alto. Son solo à l'archet évoque les sonates pour violoncelle seul de Jean Sébastien Bach mais en plus torturé. Au repos, John Betsch assis a une tête de scribe égyptien. Avenel explore la contrebasse tout le long de son archet. Il repasse au pizzicato avec un son très grave, très profond. Je commets l'erreur d'applaudir. Le public préfère écouter, captivé. Batterie et flûte ont enchaîné. Ca plane pour nous.Beaux roulements de tambour qui ponctuent le chant de la flûte et la vibration de la contrebasse. C'était « Goût bulgare » qui vient d'une mélodie de la liturgie orthodoxe bulgare. C'est trop raffiné pour illustrer une publicité pour des yaourts.

« Ultravitre » est une mise en scène sonore par Michel Edelin d'un poème visionnaire de Raymond Queneau daté de 1970 qui imagine la future destruction des immeubles alors neufs des banlieues. Le morceau est très vif, nerveux. Ca sent la baston en banlieue dans le jeu de batterie. Edelin entrecoupe des phrases jouées à la flûte et des vers du poème qu'il dit. Contrebasse et batterie pulsent derrière. Ce texte pourrait être adapté par un rapper français. Michel joue sur la flûte la plus aigue, la plus acide, la plus petite.

PAUSE

« 2-3-4-5 » morceau à 2 puis 3 puis 4 puis 5 phrases musicales. Michel a repris tout en douceur. La batterie cliquète. Le public est peu nombreux mais il reste fidèle au 2e set. Un air entêtant va par monts et par vaux. Michel maintient l'air tout en douceur alors que John Betsch pousse énergiquement derrière lui.

Pour « Tout simplement » Michel passe à la petite flûte. En intro, un solo de flûte avec des bruitages, des effets de souffle, de percussion. C'est beau, c'est chaleureux, c'est drôle. S'ensuit un superbe solo de contrebasse où Jean Jacques Avenel arrive à un son proche de celui de la basse de Jaco Pastorius. Légères ponctuations de batterie alors que Jean Jacques Avenel fait danser sa grand-mère.

Michel prend sa grande flûte basse. Introduction très grave à la contrebasse. C'est « Lonely woman » d'Ornette Coleman un standard du Jazz moderne. Ce morceau a 50 ans. Il est immortel. Nouveau solo magistral de contrebasse. Les cordes vibrent comme des grandes orgues.

« Mopti » de Don Cherry, grand ami d'Ornette Coleman. Michel a repris la petite flûte traversière. Il nous explique que « le demi ton, ce sont deux flûtistes à l'unisson ». c'est du Don Cherry ou Mopti, Mali, revisité par un homme multiculturel (multikulti). C'est la danse sur la place du village. Gros son vrombissant de la contrebasse. John Betsch est subtil et profond dans son accompagnement aux tambours. Avenel a un problème de son, débranche sa contrebasse. Ca sonne très bien en acoustique pur. Ca devient tribal, ancré dans la terre des ancêtres et pourtant ultra moderne. Petites ponctuations de flûte. Un fan américain manifeste bruyamment sa joie dans le public. Solo de batterie léger, sec, nerveux, précis. Duo batterie/flûte pendant qu'Avenel rebranche sa contrebasse.

En rappel « Les hirondelles » de Michel Edelin. Le batteur est passé aux balais. L'air est rapide, en zig zag comme le vol des hirondelles. John Betsch touille les tambours aux balais alors qu'Avenel virevolte le long de sa contrebasse. La musique finit comme elle a commencée. Tout en douceur.

Il y a des métros pour rentrer. Les absents ont eu tort et n'avaient pas d'excuse.

# Posté le vendredi 30 janvier 2009 15:38

Modifié le dimanche 01 février 2009 11:06