Marc Copland en trilogue

Marc Copland en trilogue
Marc Copland en trio au Sunside. Paris. Jeudi 30 avril 2009. 21h30.

Marc Copland : piano
Drew Gress : contrebasse
Bill Stewart : batterie

La photographie de Marc Copland est l'oeuvre de l'Helvétique Juan Carlos Hernandez.

Ce soir Drew Gress a une VRAIE contrebasse. Intro tout en douceur, impressionniste au piano. Drew et Bill écoutent les yeux fermés. Marc Copland fait tant vibrer les graves que je crois à la présence d'une contrebasse. Le trio part sur « I fall in love too easily ». C'est somptueux et délicat. Cette musique met du baume au c½ur. Après avoir caressé les tambours aux balais, Bill Stewart les tapote aux baguettes. Clarté cristalline du piano, pulsation sourde de la contrebasse, vagues précises de la batterie. Que du bonheur ! En solo, le son de Drew Gress s'éclaircit. Quelle attention, quelle délicatesse dans le soutien de Bill Stewart et Marc Copland.Revenu aux balais, Bill griffe tout en douceur. Baguette dans la main gauche, balai dans la main droite. Impressionnant. Retour aux baguettes et ça devient funky. Marc Copland jouant funky, avec Bill Stewart, c'est possible ! Par des gestes tout simples, Bill Stewart fait de véritables trouvailles sonores.

Solo de contrebasse en intro. C'est « So What » de Miles Davis histoire de fêter les 50 ans de l'album « Kind of Blue ». La musique se transforme en sarabande. Le solo mêle des roulements très secs aux tambours et la pulsation aux cymbales. Ils swinguent sans forcer et sans démonstration. Retour au trio avec cette fameuse ligne de basse de Paul Chambers. En un instant, ils passent du swing obsédant au son planant, du terrien à l'aérien.

Introduction au piano. Ca plane pour nous. Nous sommes bercés par les vagues de ce trio de magiciens. Bill fait chauffer la marmite à feu doux avec ses balais. Ils se balladent, montent en puissance avec les baguettes qui roulent, brillent, scintillent. L'instant suivant, le temps suspend son vol. C'est si beau, si pur que cela touche droit au c½ur. C'était « Like it never was » de Drew Gress ( « Comme cela n'a jamais été » traduit un spectateur à la demande de Marc Copland). Marc Copland nous présente musiciens et morceaux en français, effort qui mérite d'être souligné venant d'un musicien nord américain. Sa voix est comme son jeu : douce et émouvante.

Introduction au piano. C'est un morceau de Bill Evans je crois. Le fluide sympathique circule enntre les membres du trio. C'est un morceau festif avec une pointe de mélancolie par en dessous. Solo de Bill Stewart. Il travaille un tambour avec deux baguettes tout en actionnant la pédale de la grosse caisse. Ca pulse. Ce trio sait distiller la tension goutte à goutte.

PAUSE

Bill Stewart entame aux maillets puis prend une baguette pour les cymbales et un maillet pour faire chanter les tambours. Il lance une pulsation que prolonge la contrebasse. Le piano vient glisser par dessus. Solo de contrebasse magnifiquement entouré par le piano et la batterie. Pianiste et batteur chauffent alors que le contrebassiste reste calme et puissant au milieu.

Ils repartent en douceur par un dialogue piano/balais. La contrebasse vient mettre du liant dans la sauce. Copland creuse une formule rythmique dans les graves et la parsème de notes aiguës. Bill Stewart gronde comme le tonnerre dans la montagne. La contrebasse est toujours là, imperturbable.

Intro au piano. L'air chantonne sous les doigts de Marc Copland. Le trio enchaîne. Les baguettes roulent, vibrent sur la batterie. Ca danse. Une figure rythmique revient constamment sous les doigts de Marc Copland nous entraîne dans un voyage au bout de la nuit. Le trio s'est envolé avec grâce et vigueur. Sur un claquement de tambour, retour à la figure rythmique familière au piano. Pendant ce temps, Bill Stewart swingue comme un démon puissant et précis. En trio, Marc Copland déploie beaucoup beaucoup plus d'énergie, de swing, de vivacité qu'en solo. A l'inverse, en toute logique, il fait moins preuve d'introspection, il va moins chercher au fond de lui tout le matériau sonore et émotionnel qu'il nous offre.

Introduction au piano. C'est une ballade. Bill a ressorti les balais. Ca roule en douceur. La musique me berce et je m'endors. La deuxème pause arrive à point pour me permettre de rentrer chez moi dormir et faire de beaux rêves.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 05 mai 2009 13:33

Modifié le mardi 05 mai 2009 13:43

Les bonnes humeurs de Daniel Humair

Les bonnes humeurs de Daniel Humair
Le Sunside. Paris. Lundi 27 avril 2009. 21h30.

Daniel Humair : batterie
Bruno Chevillon : contrebasse
Tony Malaby : saxophone ténor

La photographie de Daniel Humair est l'oeuvre du Genevois Juan Carlos Hernandez.

Bruno Chevillon tapote les cordes de sa contrebasse avec un balai de batteur. Le saxophone grommelle. Daniel Humair trifouille sa batterie. C'est du chaos organisé. La musique se déploie.Gros son de contrebasse. La batterie décompose le tempo. Porté sur ce tapis, Tony Malaby déroule tranquille et féroce. Dialogue batterie/sax. Daniel Humair, 70 ans et toutes ses dents. La contrebasse entre dans la danse. Duo contrebasse/batterie : des années de complicité se dévoilent en quelques instants. Gros son. Ils s'amusent toujours autant ensemble. Cette musique jubile. Elle est jouissive et libre. Chevillon joue de l'amplification de sa contrebasse pour produire des sons inouïs. Il nous fait des effets de machine, d'avion avec l'archet sur les cordes électrifiées. Tony Malaby gonfle son ventre superbe et généreux pour jouer plus vite, plus haut, plus fort. Solo de Daniel Humair rapide, puissant, varié. Il se calme et Tony enchaîne tout en douceur. Une sorte de longue plainte aigüe s'élève du saxophone ténor. Même sur tempo lent, Humair est capable de fulgurances saisissantes. Solo de contrebasse tout en douceur, en finesse. Le sax enchaîne aérien. Ils finissent là. 40mn pour le premier morceau. Facile !

L'archet vrombit, inquiétant, sur la contrebasse. Beaucoup de claquements de bec au sax. La contrebasse sautille de joie. La batterie claque et cliquète. Le sax les rejoint. Ca enchaîne. Personne n'applaudit après les solos. Le public est aussi concentré que les musiciens. Humair allonge la sauce aux balais. Solo de sax aérien et charpenté, délicat. Ils repartent tous trois ensemble vers de nouveaux sommets d'envie et de puissance.Ca finit sur la ligne de basse et un dernier scintillement de cymbales.

PAUSE

Reprise avec un solo de contrebasse étrange, tout en haut de l'instrument. Les baguettes mitraillent. Jeu de sax très calme en opposition à la tension de la rythmique. Ils montent en puissance. Humair malaxe ses tambours. Le saxophone grince. La contrebasse monte, monte relayée par la batterie. Tout cesse pour un solo de sax aérien et grave. Par en dessous, Humair glisse des roulements de tambur, des tranches de cymbales. Le trio progresse, ouvre son chemin. Contrebasse lente, grave. Le maître des baguettes est derrière ses fournils. Le sax ondule comme un grand serpent lent. Fausse fin. Ca repart avec l'archet sur la contrebasse et les baguettes qui grincent sur une cymbale. Solo d'archet grinçant, mystérieux, vrombissant, ponctué de slaps puissants. Le sax fait la corne de brume, la contrebasse la sirène d'alarme. Humair, lui, fait le vent sur la Mer avec son outillage sur la batterie. Il arrive à produire des sons comme Miles en sortait de son orgue en 1973-75 à la fin de ses concerts fleuves. Musique de film d'horreur ou fantastique. Humair travaille la pâte sonore avec sa main droite nue et un maillet dans la main gauche. Malaby fait bondir les notes en fermant les clefs au maximum. C'est entre le planant et la transe. Ca gargouille, ça grince de partout. Ils s'amusent comme des petits fous. Ils sont sévèrement à l'attaque. Ca repart avec le sax à gorge déployée, la contrebasse bondissante, la batterie menée aux baguettes.

Solo de Daniel Humair. Il s'amuse avec ses baguettes, un morceau de tissu, les tambours et les cymbales. C'est Vulcain derrière sa forge. Contrebasse et sax enchaînent assez funky. Ca roule assez puissamment. Tony Malaby dégrippe son saxophone en le faisant hurler.Ils descendent tout en douceur jusqu'à la fin du morceau.

Chevillon griffe sa contrebasse. Le sax grogne, gémit. Humair joue des baguettes sur le bord de la scène puis reprend ses tambours pour une marche militaire toute personnelle. Les soldats du Jazz montent au front avec vaillance. La contrebasse file les notes. La batterie matraque à grande vitesse. Le sax ténor danse au dessus du volcan. Humair, aux baguettes, joue en extase, bouche ouverte et yeux fermés. Après une légère descente, un dernier coup de cymbale clôt le concert.

[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 28 avril 2009 15:28

Jérome Sabbagh en trio

Jérome Sabbagh en trio
Le Sunside. Paris. Lundi 13 avril 2009. 21h.

Jérôme Sabbagh : saxophone ténor
Joe Martin : contrebasse
Daniel Humair : batterie

La photographie de Jérôme Sabbagh est l'oeuvre de l'Imputrescible Juan Carlos Hernandez.

Le vieux lion rugit toujours derrière ses tambours. Daniel Humair est de retour en ville. Le son de contrebasse est à la fois solide rythmiquement et assez rêveur. Le saxophoniste est un peu trop démonstratif pour l'instant. Un solo de contrebasse surgit dans la brume. Avec des petites phrases rythmées, Sabbagh sonne mieux que sur des mélopées à la Coltrane. C'est une musique sinusoïdale qui va du lent au rapide, du doux au fort. Daniel Humair tricote avec élégance et puissance. Joe est simple et chaud. Jérôme ondule vaillamment des épaules. Ca le fait.

Après une introduction un peu bruitiste ils reviennent vite au Jazz. Les roulements de tambour sont assez loins de ceux d'Art Blakey par exemple. Dans la bataille sax/batterie, quoique plus âgé, Daniel Humair est bien plus audacieux et créatif que Jérôme Sabbagh. Question de moyens. Ils reviennent à un truc simple : une ligne de basse fantomatique, Daniel Humair qui fait chanter les tambours comme lui seul sait le faire, des petites lignes mélodiques hachées du sax. C'est comme ça qu'ils sonnent le mieux ensemble.

Daniel Humair annonce « Une composition de Jérôme Sabbagh. Stella by Starlight ». Un standard dont la plus belle version à ma connaissance est celle jouée par Chet Baker en 1975 au festival de Jazz de Nice (pour ceux qui, comme moi, n'y étaient pas, ça a été enregistré). Humair aux balais . Version classique en douceur. Humair reprend les baguettes pour chatouiller les cymbales. . Beau solo de contrebasse voilé, lointain. Humair trifouille les tambours avec les balais à sa douce manière (in his own sweet way pour les anglophones).

Petit solo introductif de Daniel Humair avec ses tours de mains, ses roulements de tambours, ses teintes métalliques sur les bords de caisses. Une accélération et la fusée Humair lance le satellite Sabbagh.

Une ballade doucement préparée par la contrebasse et la batterie aux balais. Le tempo s'accélère. Les baguettes mènent la danse sur les cymbales. Le saxophone zigzague. La contrebasse ancre le tout.

PAUSE.

Je suis épuisé par le voyage retour du week end de Pâques. Ma chronique s'arrête donc ici. Je retrouverai Daniel Humair au Sunside avec Bruno Chevillon et Ellery Eskelin le lundi 27 avril 2009.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 14 avril 2009 14:45

La leçon de Jazz d'Antoine Hervé: Charles Mingus l'écorché vif

La leçon de Jazz d'Antoine Hervé: Charles Mingus l'écorché vif
La leçon de Jazz d'Antoine Hervé.
Charles Mingus l'écorché vif.
Paris. Auditorium Saint Germain. Lundi 6 avril 2009. 19h30.

Antoine Hervé : piano, direction
Michel Benita : contrebasse
Pierre " Pipon" Garcia : batterie
Jean Charles Richard : saxophone soprano, saxophone baryton, flûte
Véronique Wimart : ordinateur

La photographie d'Antoine Hervé est l'oeuvre de l'Impassible Juan Carlos Hernandez.

La leçon du mardi 2 juin 2009 portera sur Antoine Hervé. La leçon du jeudi 25 juin 2009 portera sur Herbie Hancock.
Sur scène se trouvent un piano, une contrebasse, une batterie, un saxophone soprano, un saxophone baryton, une flûte et un ordinateur.

Ils attaquent directement par « Boogie Stop Shuffle ». Ils le jouent vrombissant, puissant, comme il faut. Ensuite Antoine Hervé nous raconte l'histoire de Charles dit « Charlie » Mingus , ses influences, ses workshops. Vient une ballade de Charles Mingus en hommage à son Maître Duke Ellington « Duke Ellington Sound of Love ». Mingus fut le seul musicien à se faire virer de l'orchestre du Duke. Il le raconte superbement dans son autobiographie " Moins qu'un chien ". C'est joué au saxophone soprano, tout en douceur. Personnage colérique, compositeur raffiné, meneur d'hommes, Antoine Hervé a bien résumé Charles Mingus. Ce qui caractérise sa musique ce sont les changements de tempo, les surprises. Chez Mingus tout est déconcertant et pourtant parfaitement concertant. Jolie formule.

En 1956, Mingus sort l'album « Pitecanthropus Erectus », une création musicale où chaque musicien apporte sa pierre à l'édifice. Jean Charles Richard revient au saxophone baryton. C'est un thème lunaire comme le dit si bien Antoine Hervé. Antoine Hervé fut le directeur de l'Orchestre National de Jazz. Cela se voit. Même en quartette il dirige de la main. Mingus est le précurseur d'un mélange de musique écrite et de musique improvisée.

En 1959, le saxophoniste ténor Lester Young, complice de Billie Holiday, meurt. En son hommage Charles Mingus écrit « Goodbye Pork Pie Hat », surnom du chapeau de Lester. Introduction au piano. P... de pianiste. Le quartette repart avec le saxophone soprano.

Antoine Hervé présente les « Fables of Faubus » en expliquant le personnage Orvell Faubus, gouverneur raciste de l'Arkansas, l'histoire de l'enregistrement du morceau avec ou sans paroles. Dans un souci pédagogique, il nous lit des extraits des paroles en anglais puis en version française. Ensuite ils nous jouent le morceau.

Il passe ensuite à la technique musicale. Il explique la quinte diminuée typique du bebop.Puis il explique comment diriger un orchestre de Jazz : face au public, en faisant tomber un mouchoir... Il fait ensuite une démonstration sur la façon dont répète un groupe de Jazz. Le Jazz fait appel à l'oral, à la mémoire, pas à la partition : intuition et décompte sont plus importants que la lecture.

« Moaning » au saxophone baryton. Ca pète, ça claque.
Cette leçon devrait passer à la télévision comme celle de Jean François Zygiel pour le classique. C'est ludique, pédagogique, rythmique.

Antoine Hervé nous explique la relation entre Charlie Parker et Charles Mingus.
Ils nous jouent « Reincarnation of a love bird » morceau de Charles Mingus dédié à Charlie « Bird »Parker. C'est joué au sax soprano tout en douceur.

Antoine Hervé demande à Michel Benita de faire une démonstration de contrebasse.
D'abord il malaxe les cordes avec le gros son mingusien, puis il fait des trémolos, joue flamenco et fait des glissendo.

Mingus, fan de musique classique, a écrit « Epitaph », 2h de musique pour orchestre symphonique dont la partition a été retrouvée après sa mort.

« Orange was the colour of her dress then blue silk » titre typique de Mingus par sa longueur et son étrangeté. C'est joué dans l'arrangement de Gil Evans, avec le sax soprano.

Après la leçon un concert d'improvisation. Véronique Wimart vient s'ajouter derrière l'ordinateur pour faire des alliages de sons. Musique d'ambiance : percussions, jungle, cloches de vache...Contrebasse, batterie, piano s'ajoutent petit à petit. Ajout d'un son de trompette remixé et lointain. Jean Charles Richard souffle dans son anche détachée du sax. Puis il joue du soprano avec un son très plaintif. Le batteur fait rouler ses maillets sur les tambours et les cymbales. De la douceur. La rythmique se fait gracieuse, enjoleuse, envoûtante. Les balais ont remplacé les maillets. Petits bruitages électroniques style SF. Le tempo accélère doucement. La tension monte. Citation d'Herbie Hancock années 70. Ca change de la routine des standards de Jazz c'est indéniable. Les passages musicaux s'enchaînent, plaisants ou déplaisants, mais jamais insignifiants.

Jean Charles Richard prend une petite flûte traversière en bois qui sonne orientale. L'électronique lance une ambiance, un tempo. Le piano vient broder dessus. Il manque la piste de danse. Cette musique donne envie de faire tournoyer les corps comme des derviches électroniques. Beau solo rêveur de sax baryton. Ca repart. Le batteur joue vite sans jouer fort, alliance subtile et rare. Ils reviennent au premier morceau de la soirée « Boogie Stop Shuffle » de Charles Mingus mais avec des sons électroniques en plus. Ca colle. Fin d'un geste.

1h30 d'instruction et de plaisir pour 10¤ maximum. L'expérience vaut d'être vécue. Avis aux amateurs. Conseils aux parents : amenez vos enfants profiter de la leçon de Jazz d'Antoine Hervé.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 07 avril 2009 16:57

Modifié le mercredi 08 avril 2009 01:20

Eric et Rick jouent pour Freddie

Hommage à Freddie Hubbard

Paris. Le Baiser Salé. Dimanche 5 avril 2009. 20h30.

Eric Le Lann : trompette
Rick Margitza : saxophone ténor
Emmanuel Duprez : piano
Sylvain Romano : contrebasse
Tony Rabeson : batterie

En hommage à Freddie Hubbard, trompettiste décédé en décembre 2008, légende du label Blue Note, dans le cadre du Blue Note Festival, 3 concerts sont donnés ce soir rue des Lombards. Un billet à 20¤ donne droit à l'entrée dans les 3 clubs : Baiser Salé, Duc des Lombards, Sunside. J'ai choisi de rester à celui d'Eric et Rick.

Le batteur n'est pas arrivé à 20h45. Ils commencent sans lui. C'est du hard bop mais allégé car sans batteur pour faire monter la sauce. Le chant/contrechant entre saxophone et trompette est impeccable. Eric brode avec chaleur, vigueur, émotion. Rick est fidèle au son Blue Note au saxophone ténor. C'est du solide. Sans batteur, le contrebassiste marque plus nettement le tempo. Le pianiste swingue bien. D'ailleurs il danse et chantonne de joie sur son tabouret. Tout en jouant Eric fait un beau mouvement avec la trompette pour éviter le batteur qui monte sur scène. Tony Rabeson installe son matériel.

« You don't know what love is ». Ballade prise sur un tempo assez rapide. Le batteur scintille de mille feux. C'est Tony Rabeson. Sax et trompette vont ensemble comme les fraises de Plougastel avec la crème fraîche. Rick prend le chant, Eric le contrechant. Puis c'est l'inverse. Bref l'échange est fructueux. Solo en vol libre de Margitza avec le grand son des Américains. Eric joue plus voilé, plus calme dans un autre genre de beauté. Beau solo de contrebasse, bondissant, trampolinesque.

« All Blues » de Miles Davis. L'exposé chant/contrechant est splendide. L'original est évidemment intouchable mais 50 ans après le thème sonne toujours aussi bien. Solo de Margitza qui, intelligemment, n'essaie pas de sonner comme John Coltrane. Ca swingue grave. Le pianiste est possédé par ce qu'il joue les yeux fermés. Le Lann expose son thème, laisse faire le batteur, échange avec lui. Chacun son tour et ça chauffe. Ils trouvent un petit truc cool pour conclure ensemble.

La salle est remplie car il y a plus de gens à arriver qu'à partir.Cela confirme mon choix.

Sax et trompette commencent ensemble sans la rythmique. « Body and Soul » joué seul au sax ténor par Rick Margitza c'est si bon. Le piano se tait. Le batteur a pris les balais. La contrebasse est bien là. C'est chaud, grave, profond.Au tour de la trompette alors que le piano revient. Ah cette déchirure propre au son d'Eric Le Lann !

Ils jouent « The Theme » ce petit thème final des concerts de Miles Davis entre 1960 et 1967. Solo aérien, aquilin même de Rick Margitza. Eric prend des solos plus courts que Rick. C'est l'usage entre saxophoniste et trompettiste.

PAUSE

Démarrage flamboyant, swinguant d'Eric. C'est la « Caravan » de Duke Ellington. Solo hyperbolique de Rick Margitza. Ca plane pour nous. Eric sait aussi swinguer à pavillon déployé. Le pianiste s'amuse comme un petit fou à triturer les graves. Tony Rabeson est toujours aussi coloré derrière ses tambours. Le Lann joue wah wah avec sa main droite sans sourdine.

Une ballade. Margitza tout en velours. Le titre m'échappe. Le Lann le rejoint à la fois doux et écorché. Margitza se ballade sur la ballade.Superbe. La climatisation fait des bip bip stridents. C'est horripilant même si la clim est nécessaire car ça chauffe dans cette salle remplie. Beau solo profond de contrebasse. Bouleversant solo d'Eric à déguster à petites gorgées. Rick enchaîne seul à son tour. Ca vole très haut avec ces gars là.

Retour au hard bop avec un morceau bien viril, tout à fait dans le style de feu Freddie Hubbard. Schéma classique : exposé du thème puis chacun prend son solo à son tour, sauf le batteur qui n'a joué que des breaks pour l'instant. Par contre ils ne se contentent pas de revenir au thème pour la fin car leurs fins sont souvent surprenantes. Eric est chaud. Il souffle vite, fort et dur. Une merveille de break de batterie chantant, dansant. Tony Rabeson pousse Eric et Rick. Les tambours chantent. Peut-être est ce l'héritage africain chez ce Malgache.

PAUSE

Il n'est que 23h15 mais j'étouffe dans cette salle bondée et il faut se lever le lendemain pour aller au bureau. Fin du concert pour moi. Le duo Eric Le Lann et Rick Margitza pourrait s'élargir à Pierrick Pédron. Eric, Rick et Pierrick ça sonnerait bien et pas seulement sur l'affiche! A quand l'album Messieurs?
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 07 avril 2009 16:04

Modifié le mardi 07 avril 2009 16:31