Pete Sims « La Roca » : batterie
Daryl Hall : contrebasse
Kirk Lightsey : piano
Lew Tabackin : saxophone ténor
Arrivée à 19h30. Les bonnes places sont déjà prises. Moi et Monsieur P nous retrouvons assis derrière le pianiste. Contrebassiste et batteur ne seront visibles que sur les écrans. Dommage. Début du concert à 20h35. Fin du concert à 21h40. Les musiciens doivent certes se reposer avant leur deuxième concert de 22h mais 22¤ la place, plus environ 5¤ de consommation, pour 65mn de concert cela fait 0.42¤ la minute de musique par personne. Soit une baguette de pain toutes les deux minutes de musique. C'est cher même si c'est bon.
Ca commence avec un solo de contrebasse mélodieux, aérien. Le pianiste bat la mesure du pied quand il joue. Les cymbales scintillent. Pas de doute Pete Sims est toujours « La Roca » (Le Roc). Le sax ténor a un gros son bien noir alors qu'il est blanc. Curieux phénomène de mimétisme musical. Même s'il ne joue pas du Monk, Kirk Lightsey chantonne et bat du pied quand il joue. C'est de l'excellent hard bop aussi frais qu'il y a 50 ans. Pete La Roca reste fidèle à ses amours de jeunesse.
Le morceau suivant commence avec un solo de saxophone ténor rollinsien en diable. Le son est charpenté, l'attaque est forte, les standards s'enchaînent, le saxophoniste joue en se balançant, en levant le saxophone vers le ciel. Lew Tabackin a même la barbe blanche de Sonny Rollins ! Sonny Rollins fut l'employeur de Pete La Roca notamment lors d'une fameuse tournée européenne en 1959 en trio avec le contrebassiste Henry Grimes. C'est du Monk « In walked Bud » si je ne me trompe pas. La joie de jouer de Kirk Lighstey fait plaisir à voir. Le piano est sa fontaine de jouvence. Un solo de contrebasse est accompagné d'un friselis de cymbales impeccable et implacable. Pianiste et saxophoniste distillent quelques notes quand ils le jugent utile.
Une ballade commence lancée par un solo de contrebasse.La batterie se fait ailée, nuageuse. Le saxophone volète. Le piano sautille, danse une douce gigue. Le public reste rêveur, n'applaudit pas les soli de peur de rompre le charme.
Une autre ballade s'ensuit, commencée à quatre cette fois çi. Joli dialogue pianiste/saxophone face à face où la circule avec fluidité comme dans une équipe de volley. Contrebasse et batterie soutiennent derrière. Les Américains ont toujours le sens du show. There is no business like show business !
Le groupe repart sur un tempo rapide. Quand Pete La Roca pousse, ça déménage sévère. Il faut être John Coltrane ou Sonny Rollins pour tenir le choc. Lew Tabackin est bon mais c'est un poids léger. Il réussit tout de même à voler sur la musique sans se faire éjecter. Kirk Lightsey vibre de la tête aux pieds avec la musique. Un vrai bonheur. Enfin Pete Sims « La Roca » prit un solo de batterie. Espérons qu'il y avait des batteurs dans la salle venus prendre la leçon. La richesse, la profondeur du son sont toujours là. Les tambours chantent, les cymbales dansent. Pete ne force pas, ne démontre pas. Il est la batterie. Un « toum toum » aux pieds revient régulièrement pendant que ses mains brodent de fantastiques arabesques autour. Dans l'histoire de la batterie de Jazz, Pete La Roca fait le lien entre Max Roach, révolutionnaire des années 40 et Tony Williams, révolutionnaire des années 60. Max et Tony sont partis swinguer hors de ce monde. Pete La Roca est encore parmi nous. Profitons en. Le groupe revient au thème final dans l'enthousiasme général.
Malgré nos suppliques réclamant un bis avec Lew Tabackin à la flute traversière, ce plaisir nous a été refusé. C'était bon mais c'était court.
