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Lee Konitz au Duc des Lombards

Lee  Konitz au Duc des Lombards
Lee Konitz: saxophone alto
Enrico Pieranunzi: piano
Riccardo del Fra: contrebasse

Concert donne au Duc des Lombards à Paris le samedi 28 mars 2008.

Pour ceux qui ne connaissent pas le Duc des Lombards nouvelle formule, évitez l'étage. La grille empêche de voir les musiciens sur la scène en bas, l'air conditionné vous glace la nuque et les jambes. Vous pouvez toujours regarder les musiciens sur les écrans de contrôle mais alors pourquoi payer 25 euro pour venir les voir en concert?

Dans le cadre du Bose Blue Note Festival était invité au Duc un musicien dont l'esthétique est totalement opposée à celle de Blue Note, un des Père fondateurs du Cool Jazz, Mr Lee Konitz qui jouait déjà en 1948 sur les séances Birth of the Cool de Miles Davis et Gil Evans.

Pour s'échauffer, Pieranunzi commence par un peu de classique, son style d'origine. Lee Konitz, lui, se lance dans le Free Jazz à 80 ans passés! D'ailleurs, comme Ornette Coleman, autre altiste, père du Free Jazz, Lee Konitz est un maître des comptines tristes, douce-amères.

Après une phase en duo piano/alto, Del Fra s'installe, doux et puissant à la fois. Après s'être échauffé et nous avoir agacé les oreilles, Lee Konitz a retrouvé son son velouté et acidulé. Le silence s'est fait dans la salle. Seuls quelques chuchotements restent perceptibles. Pieranunzi et Del Fra, anciens complices de Chet Baker il y a plus de vingt ans n'ont rien perdu de leur complicité.

Cette musique est si fluide, si aérienne, qu'elle pourrait durer aussi longtemps que la respiration des musiciens qui la jouent. Ces hommes sont déposiaires d'un savoir et nous le transmettent. D'ailleurs Ricardo del Fra dirige le département Jazz au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et Enrico Pieranunzi enseigna pendant vingt ans le piano classique au conservatoire de Rome.

Lee Konitz poursuit son oeuvre, explorer sans relâche et sans redite les standards du Jazz ceux issus des musicals de Broadway des années 1930-40. Par exemple I remember You; Personne n'applaudit les soli tant on craint de perturber l"équilibre fragile de ce trio. J'entendais la voix de Chet Baker planer sur cette musique.

Un solo de contrebasse. Lee Konitz ponctue avec des effets de souffle et de cliquetis mais sans jouer. Il est évident qu'un batteur serait de trop dans cette musique ou alors il faudrait qu'il reste toujours à l'arrrière plan ce qui serait bien cruel. Enrico Pieranunzi vient glisser des gouttes de piano sur la contrebasse; C'est On green dolphin street thème inépuisable. Ici la rue devient glissante, piégeuse, zigzagante. Et puis la rue s'élargit, s'aplanit, s'ouvre vers des horizons merveilleux.

Lee Konitz nous demande de tenir une note grave pendant qu'il improvise dessus. C'est ainsi qu'il se lance sur Alone together]. Certains spectateurs se lancent et tiennent la note. La rythmique nous rejoint. La voix de Chet Baker sonne à nouveau dans ma tête. Et ça colle toujours avec la musique.

Plus de 60 ans de carrière et Lee Konitz est toujours là. L'homme a vieilli, pas sa musique, qui demeure d'une beauté immarcescible. Comme la langue française, le son de Lee Konitz est sans aspérité, sans accent marqué mais avec des variations, des intonations qui en font tout le charme. Ca coule de source et c'est rafraïchissant. Pieranunzi sait toujours mettre sa maîtrise de pianiste classique au profit du swing le plus léger, le plus subtil.

Lee Konitz joue dans son monde. Ses musiciens créent l'écrin qui met en valeur ce diamant brut. Pieranunzi accélère dans les graves, creusant un rythme impulsé par la contrebasse; Ca swingue terrible. Là on applaudit. Lee serre les mains de ses musiciens; The End. Mais nos voeux sont récompensés puisque nous avons droit à un rappel.

Un solo de trampoline majestueux à la contrebasse pour commencer. L'alto le rejoint. Il est 23h50. C'est l'heure de jouer Round about Midnight de Thelonious Sphere Monk. Combien de fois ont ils pu jouer ce morceau dans leur vie? Combien de fois l'avons nous entendu? Pourrons nous nous en lasser un jour? Pas ce soir en tout cas. Pieranunzi entre parfaitement dans le dialogue bien entendu. Peut-être n'avais je jamais vraiment écouté Round about Midnight avant ce soir. Enrico Pieranunzi entre dans le piano. Riccardo del Fra pose les fondations de l'édifice. Lee Konitz volète comme une mésange autour d'eux. Le temps a suspendu son vol. Fin du morceau et du concert à 23h59.

La photographie de Lee Konitz a été prise le 27 avril 2005 par mon ami Juan Carlos Hernandez, Genevois photographe de Jazz. Voici son site http://www.jazzeyed.20mn.com

# Posté le dimanche 13 avril 2008 10:12

Modifié le vendredi 22 août 2008 14:18

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