Olivier Calmel laisse ses Empreintes au Sunside (version longue)

Après le résumé du match, voici l'analyse technico-tactique de la partie donnée par l'équipe du Olivier Calmel Quintet à Paris au Sunside le vendredi 11 avril 2008.



Olivier Calmel : piano
Christophe Panzani : saxophones ténor, soprano, baryton
Frédéric Eymard : violon alto
Bruno Chorp : contrebasse
Karl Jannuska : batterie
Invité mystère : Sébastien Llado : trombone, conques

Le violoniste Didier Lockwood n'a pu participer à ce concert pour des raisons indépendantes de sa volonté. L'invité mystère du Quintet d'Olivier Calmel était le tromboniste et conquiste Sébastien Llado.

Olivier commence en jouant seul le petit air qui court tout le long de
l'album « Empreintes ». C'est le patron. Il installe l'ambiance. Le
groupe le suit swinguant, virevoltant. Du sax, du sax oui mais du
Panzani ! Karl Jannuska avec ses cheveux blonds bien peignés, ses
lunettes, son air d'enfant sage, swingue terrible.aux baguettes. La
rythmique pousse derrière un sax remonté à bloc. Le thème leitmotiv
revient en douceur. C'était « Alter Ego ».

« Il Palio » hommage à la place centrale de Sienne en Toscane où se
déroule chaque année une course de chevaux unique au monde. La musique
est chaude, colorée, voyageuse. Christophe Eymard mène la sarabande. Un
solo de contrebasse est ponctué par les tapotements des blanches mains
de Karl Jannuska sur les tambours. Le sax ténor reprend sa chevauchée
fantastique propulsé par la rythmique.

Pour « Pompier pyromane » Christophe Panzani passe au sax soprano. Les
deux archets de la contrebasse et de l'alto se rejoignent dans une folle
complainte. Le son aigrelet et vif du soprano rejoint les cordes.
Frédéric Eymard joue le pinpon des pompiers au violon alto. Il lance un
stop and go endiablé avec la rythmique. Ces petits gars chauffent du
tonnerre de Zeus.

Le concert se poursuit avec « La générosité n'attend pas ». Ce soir pas
de standards mais une ½uvre pensée, composée par Oliver Calmel. C'est
une ballade. Karl passe aux balais. Le violon alto s'envole porté par le
tapis de la rythmique. Le sax soprano vient ajouter son petit chant
d'oiseau triste.

Sébastien Llado rejoint le quintette pour jouer « Un certain dimanche 23
». Il pose ses conques à ses pieds, déploie son trombone. La musique est
cool, relax, swinguante comme un beau dimanche de printemps. Sébastien
ajoute son growl et sa gouaille au groupe. Les 3 de la ligne de front
(violon, sax, trombone)s'assoient pendant que la ligne arrière (piano,
contrebasse, batterie) se lance. Ca sonne presque Latin Jazz. Trombone
et alto s'amusent à des échanges de son étranges pour finir.

Le deuxième set commence avec une « Intuition » en quintet, tout en
douceur. Bruno Chorp nous livre un très beau solo de contrebasse en
pizzicato dont l'écho se prolonge en nous. La bonne influence de Claude
Debussy est sensible dans le jeu de piano. La musique est très
méditative. On écoute, on n'applaudit pas. On le fera à la fin du
morceau. Dans son solo de violon alto, Frédéric Eymard passe d'un genre
de chaconne au violon tzigane. Le saxophone baryton fait son apparition
amenant un climat grave et oriental.

« Shadok incandescent » est un morceau sur la société de consommation
frénétique d'après son compositeur Olivier Calmel. La musique virevolte
avec le sax soprano et un jeu de piano particulièrement bien charpenté
et rythmé soutenu sans faille par la contrebasse et la batterie. Un solo
de soprano surchauffé par la rythmique achève de nous enchanter.

Pour calmer le jeu, « Le temps du trajet », une ballade fantomatique aux
notes distillées. Ca sent le combat de fantômes dans les couloirs d'un
château écossais désert et ouvert à tous les vents. Olivier malaxe les
graves alors qu'il virevolte dans le médium. Cet effet très puissant est
relayé par la contrebasse et la batterie. Il y a de la tenue dans cette
musique.

« Le Hongrois déraille » ne comporte aucune allusion politique d'après
Oliver Calmel, son compositeur. Sébastien Llado les rejoint avec ses
coquillages et son trombone. Tout le monde tapote : Olivier dans les cordes
de son piano, Bruno Chorp dans ses mains, Sébastien Llado sa conque.
Puis Sébastien souffle dans son engin féminin reprenant le chant du sax
soprano. Un duo batterie/conque nous montre un Karl Jannuska
imperturbable et implacable. Sébastien Llado ajoute une deuxième conque,
la trifouille, souffle dans les deux en même temps. Puis il en coince
une entre ses jambes, un symbole sexuel féminin entre les cuisses d'un
homme. Une explication docteur Freud ? Les sons se répondent entre piano
et conque. Dans toute cette folie, Karl n'a pas perdu le rythme d'un
poil. Le groupe repart sur le thème, Sébastien Llado redéploie son
trombone comme Roland son olifant, se lance dans un duo endiablé avec le
violon alto poussé par la rythmique. Cette musique chante et balance nom
de Zeus ! Le contrebassiste tape sur ses cordes avec une baguette, le
violoniste gratte ses cordes comme une guitare, le pianiste trafique
l'intérieur du piano. Sébastien Llado, cracheur de feu musical, se lance
en solo, avec la rythmique qui le pousse aux fesses. L'éléphant barrit
dans la jungle urbaine. L'alto les rejoint pour le bouquet final d'un
feu d'artifice musical.

Certes il n'était que 22h45 au soleil mais 0h45 à l'heure d'été. Epuisé
et heureux, je n'ai pas assisté au 3e set et suis rentré chez moi dormir
faire plein de beaux rêves marqués des « Empreintes » du Quintet élargi
d'Olivier Calmel.

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# Posté le vendredi 25 avril 2008 04:42

Modifié le vendredi 22 août 2008 14:14

Olivier Calmel laisse ses Empreintes au Sunside

Olivier Calmel au Sunside ; Paris. Vendredi 11 avril 2008

Olivier Calmel : piano, composition, arrangement, direction musicale
Frédéric Eymard : violon alto
Christophe Panzani : saxophone ténor, soprano, baryton
Bruno Chorp : contrebasse
Karl Jannuska : batterie
Sébastien Llado : trombone, conques marines

Morceaux joués

Première partie :

Prologue : piano solo
Alter Ego : quintet
Il Palio : quintet
Pompier pyromane : quintet
La générosité n'attend pas : quintet
Un certain dimanche 23 : quintet + Sébastien Llado

Deuxième partie

Intuitions : quintet
Shadok incandescent : quintet
Tribute to Earth : quintet
Résonances : quintet
Le temps du trajet : quintet
Le Hongrois déraille : quintet
Travelling Mafate : quintet+Sébastien Llado

Troisième partie

La chambre rit (duo piano/saxophone)
Mafate : quartet
Ddanses : quintet+Sébastien Llado
Expansion ou rocher d'Ayers : quintet+ Sébastien

Le violoniste Didier Lockwood n'a pu participer à ce concert pour des raisons indépendantes de sa volonté. Sébastien Llado l' a remplacé comme invité spécial du quintet d'Olivier Calmel.

La salle était comble et le public comblé. Des extraits filmés seront bientôt disponibles sur www .oliviercalmel.com

Olivier Calmel, le leader, conduit une ½uvre personnelle, riche, colorée, joyeuse, chatoyante où selon le mot de Duke Ellington, l'orchestre est une palette auquel chaque musicien apporte sa couleur.

Sous leur apparence de premiers communiants se cachent des musiciens accomplis déployant un swing infernal à l'image de Karl Jannuska, jeune homme blond, avec raie au milieu et lunettes rondes et batteur, barman de sons (mot de Boris Vian ou de Jean Cocteau). Le bassiste tient le rythme et sait prendre des soli bondissants et stimulants. Le violon alto, est un digne fils du Jean Luc Ponty des débuts, celui du trio Humair Louis Ponty de 1968. Pour le saxophoniste, un mot s'impose : du sax, du sax oui mais du Panzani !
Sébastien Llado amène son growl, sa gouaille et les sonorités inouïes de ses conques marines.

En bref, c'était une sacrée soirée !


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# Posté le lundi 21 avril 2008 04:45

Modifié le vendredi 22 août 2008 14:15

Lee Konitz au Duc des Lombards

Lee  Konitz au Duc des Lombards
Lee Konitz: saxophone alto
Enrico Pieranunzi: piano
Riccardo del Fra: contrebasse

Concert donne au Duc des Lombards à Paris le samedi 28 mars 2008.

Pour ceux qui ne connaissent pas le Duc des Lombards nouvelle formule, évitez l'étage. La grille empêche de voir les musiciens sur la scène en bas, l'air conditionné vous glace la nuque et les jambes. Vous pouvez toujours regarder les musiciens sur les écrans de contrôle mais alors pourquoi payer 25 euro pour venir les voir en concert?

Dans le cadre du Bose Blue Note Festival était invité au Duc un musicien dont l'esthétique est totalement opposée à celle de Blue Note, un des Père fondateurs du Cool Jazz, Mr Lee Konitz qui jouait déjà en 1948 sur les séances Birth of the Cool de Miles Davis et Gil Evans.

Pour s'échauffer, Pieranunzi commence par un peu de classique, son style d'origine. Lee Konitz, lui, se lance dans le Free Jazz à 80 ans passés! D'ailleurs, comme Ornette Coleman, autre altiste, père du Free Jazz, Lee Konitz est un maître des comptines tristes, douce-amères.

Après une phase en duo piano/alto, Del Fra s'installe, doux et puissant à la fois. Après s'être échauffé et nous avoir agacé les oreilles, Lee Konitz a retrouvé son son velouté et acidulé. Le silence s'est fait dans la salle. Seuls quelques chuchotements restent perceptibles. Pieranunzi et Del Fra, anciens complices de Chet Baker il y a plus de vingt ans n'ont rien perdu de leur complicité.

Cette musique est si fluide, si aérienne, qu'elle pourrait durer aussi longtemps que la respiration des musiciens qui la jouent. Ces hommes sont déposiaires d'un savoir et nous le transmettent. D'ailleurs Ricardo del Fra dirige le département Jazz au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et Enrico Pieranunzi enseigna pendant vingt ans le piano classique au conservatoire de Rome.

Lee Konitz poursuit son oeuvre, explorer sans relâche et sans redite les standards du Jazz ceux issus des musicals de Broadway des années 1930-40. Par exemple I remember You; Personne n'applaudit les soli tant on craint de perturber l"équilibre fragile de ce trio. J'entendais la voix de Chet Baker planer sur cette musique.

Un solo de contrebasse. Lee Konitz ponctue avec des effets de souffle et de cliquetis mais sans jouer. Il est évident qu'un batteur serait de trop dans cette musique ou alors il faudrait qu'il reste toujours à l'arrrière plan ce qui serait bien cruel. Enrico Pieranunzi vient glisser des gouttes de piano sur la contrebasse; C'est On green dolphin street thème inépuisable. Ici la rue devient glissante, piégeuse, zigzagante. Et puis la rue s'élargit, s'aplanit, s'ouvre vers des horizons merveilleux.

Lee Konitz nous demande de tenir une note grave pendant qu'il improvise dessus. C'est ainsi qu'il se lance sur Alone together]. Certains spectateurs se lancent et tiennent la note. La rythmique nous rejoint. La voix de Chet Baker sonne à nouveau dans ma tête. Et ça colle toujours avec la musique.

Plus de 60 ans de carrière et Lee Konitz est toujours là. L'homme a vieilli, pas sa musique, qui demeure d'une beauté immarcescible. Comme la langue française, le son de Lee Konitz est sans aspérité, sans accent marqué mais avec des variations, des intonations qui en font tout le charme. Ca coule de source et c'est rafraïchissant. Pieranunzi sait toujours mettre sa maîtrise de pianiste classique au profit du swing le plus léger, le plus subtil.

Lee Konitz joue dans son monde. Ses musiciens créent l'écrin qui met en valeur ce diamant brut. Pieranunzi accélère dans les graves, creusant un rythme impulsé par la contrebasse; Ca swingue terrible. Là on applaudit. Lee serre les mains de ses musiciens; The End. Mais nos voeux sont récompensés puisque nous avons droit à un rappel.

Un solo de trampoline majestueux à la contrebasse pour commencer. L'alto le rejoint. Il est 23h50. C'est l'heure de jouer Round about Midnight de Thelonious Sphere Monk. Combien de fois ont ils pu jouer ce morceau dans leur vie? Combien de fois l'avons nous entendu? Pourrons nous nous en lasser un jour? Pas ce soir en tout cas. Pieranunzi entre parfaitement dans le dialogue bien entendu. Peut-être n'avais je jamais vraiment écouté Round about Midnight avant ce soir. Enrico Pieranunzi entre dans le piano. Riccardo del Fra pose les fondations de l'édifice. Lee Konitz volète comme une mésange autour d'eux. Le temps a suspendu son vol. Fin du morceau et du concert à 23h59.

La photographie de Lee Konitz a été prise le 27 avril 2005 par mon ami Juan Carlos Hernandez, Genevois photographe de Jazz. Voici son site http://www.jazzeyed.20mn.com

# Posté le dimanche 13 avril 2008 10:12

Modifié le vendredi 22 août 2008 14:18

Stan Getz ou le Jazz impair passe et gagne

« De la musique avant toute chose
Et pour cela préfère l'impair`
Plus vague et plus soluble dans l'air
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose «
Paul VERLAINE

Comme le crawl, nage libre, le Jazz, musique libre, se joue et se respire sur un rythme ternaire.
Qu'est ce que le Jazz ? Le produit de la rencontre forcée entre la sophistication harmonique européenne et la puissance rythmique africaine pour reprendre la définition de Frank Ténot.

C'est dire que, contrairement à ce qu'affirment certains théoriciens et/ou musiciens de la Great Black Music, le Jazz n'est pas une musique africaine, pas même une musique noire. C'est une musique métisse. Le métis au sens latin du mélange. La Mètis au sens grec de la personnification de la sagesse et de la ruse.

Par ce mélange, les déclassés de la société des Etats Unis d'Amérique, tous les non WASP, Noirs, Juifs, Italiens, Irlandais, Cubains se sont retrouvés, mélangés pour créer LA musique du XX° siècle, celle dont dérivent toutes les autres musiques populaires, le seul apport de l'Amérique à la culture du monde comme dit Clint Eastwood.
Certes tous les révolutionnaires de cette musique sont Noirs. De Louis Armstrong à Sun Ra en passant par Duke Ellington, Charlie Parker, Dizzy Gillespie, John Coltrane, Ornette Coleman.

Plus forts encore, ces musiciens noirs produisirent une musique si raffinée, si élégante qu'ils purent s'annoblir eux mêmes et être reçus par la Reine d'Angleterre avec les honneurs dus à des princes : le Duc d'Ellington est devenu plus célèbre que le Duc de Wellington. Une université de Washington porte le nom du premier et sa musique est étudiée par les musicologues avec le même sérieux autrefois réservé aux seuls compositeurs de musique savante européenne, celle que l'on nomme « Classique ».

Cependant, c'est un Juif, clarinettiste, Benny Goodman qui, le premier, créa un groupe mélangeant Noirs et Blancs. Dans les années 1930 aux USA, avouez que c'était audacieux. D'ailleurs, sa maman qui voyait son fils en virtuose jouant du Mozart, ce qu'il faisait aussi très bien, était horrifiée de le voir jouer cette musique de sauvages avec des Nègres. Mais les Nègres en questions se nommaient Lionel Hampton (vibraphone), Charlie Christian (le Père de la guitare électrique. Un modèle de Gibson porte toujours son nom) et Teddy Wilson (piano).

Comme il serait absurde de brasser l'histoire du Jazz en quelques pages (je renvoie nos sympathiques lecteurs et nos adorables lectrices au « Dictionnaire du Jazz » Bouquins, Laffont, Paris, 1994 pour de plus amples informations), mon propos se bornera à quelques notes brèves sur Stanley Gaiesky, alias Stan Getz, alias « The Sound » (1927-1991), saxophoniste ténor.

Pour situer brièvement le personnage, sachez qu'il commença sa carrière professionnelle en 1942, dans l'orchestre de Jack Teagarden, ancien accompagnateur de Louis Armstrong. Stan Getz, âgé de 15 ans, bénéficia alors d'une dérogation écrite de ses parents pour partir avec l'orchestre en tournée à travers les USA.
Stan Getz porta toute sa vie « un singe sur son épaule » comme disent les Américains, réalisant son premier enregistrement à jeun à l'âge de 60 ans. Il craignait d'ailleurs de ne pas être à la hauteur sans substance illicite dans ses veines...

Le plus stupéfiant chez Stan Getz, c'est la permanence de l'excellence. En général, un musicien cherche son son pendant quelque temps avant de le trouver. Ainsi, Miles Davis, né en 1926, ne le trouva qu'en 1954 à l'occasion d'une fameuse session avec le pianiste Thelonious Monk.

Stan Getz trouva le sien dès les années 1940. Ainsi en 1948 son solo sur « Early Autumn » dans l'orchestre de Woody Herman reste d'une immarcescible beauté. Stan Getz fut aussi surnommé le « Sacha Heifetz » du saxophone ténor. Sacha Heifetz était un violoniste juif russe virtuose. Stan Getz, petit fils de tailleur londonien (qui fut auparavant un officier Juif de l'armée du Tsar !), fils d'imprimeur new yorkais, portait en lui l'âme slave, celle qui vous fend le c½ur en un accord. Ainsi ayant fait écouter à un ami d'origine juive polonaise « Les yeux noirs » , classique du folklore gitan d'Europe centrale, joué par Stan Getz sur l'album « For Musicians only » (1957), celui ci en fut bouleversé. Il retrouvait dans ce jazzman newyorkais l'âme de ses ancêtres disparus dans la fureur nazie.

Stan Getz n'est ni un compositeur (il déchiffrait péniblement la musique), ni un révolutionnaire (son style est dit « Cool » dans la lignée de Lester Young).

Mais c'est un interprète de génie, immédiatement reconnaissable, la première influence de John Coltrane. « En fait, nous aimerions tous jouer comme Stan Getz » déclara un jour John Coltrane au nom de la confrérie des saxophonistes ténors . Comme Frank Sinatra fut surnommé « The Voice », Stan Getz est tout simplement « The Sound ».

Stan Getz ne se souciait pas des questions de couleur, de religion, de sexe chez un musicien. Seul le talent l'intéressait. Ainsi avec le trompettiste, chanteur, compositeur, chef d'orchestre, clown et philosophe noir américain Dizzy Gillespie, sa relation fut des plus fructueuses. Dès 1953, l'album « Diz and Getz » mêlant afro cubain et be bop place la barre très haut. Mais, avec « For Musicians Only » en 1957 , on atteint des altitudes stratosphériques, un au delà de la musique et un antidépresseur souverain non remboursé par la sécurité Sociale.

En 1961, Stan Getz s'insère avec aisance et en improvisation totale dans le tapis volant pour orchestre à cordes que lui composa le chef Eddie Sauter. Ce fut « Focus ». Expérience poussée encore plus loin avec le même compositeur pour la musique du film « Mickey One » d'Arthur Penn en 1965. Stan ne sachant pas bien lire la musique, écoutait l'orchestre jouer une fois, retenait le morceau d'oreille et jouait avec l'orchestre dès la deuxième prise. Ca, c'est un truc de Jazzman et d'un Grand même.

En 1962, le guitariste Charlie Byrd de retour du Brésil fait découvrir à Stan Getz la bossa nova, musique de Brésiliens blancs, beaucoup plus calme que la samba des Noirs mais néanmoins délicieusement rythmée. Stan Getz après avoir enregistré avec Charlie Byrd « Jazz Samba » fait venir du Brésil le chantgeur et guitariste Joao Gilberto et son épouse Astrud. Joao ne voulait pas qu'Astrud chante sur l'album. Stan insista. Astrud chanta, quitta Joao pour Stan et « Garota de Ipanema » devenue « The Girl from Ipanema » devint la chanson la plus diffusée au monde après « Yesterday » des Beatles. Encore aujourd'hui, tous les synthétiseurs ont une touche bossa nova...

Devenu subitement riche et célèbre, Stan Getz refusa de se cantonner à ce rôle de medium entre Brésil et USA et se remit tout de suite en cause . En 1966, à Paris, salle Pleyel, il retrouvait son vieux complice Roy Haynes à la batterie et deux petits jeunes qui devinrent des géants du Jazz, Steve Swallow à la contrebasse et Gary Burton au vibraphone. Ecoutez ce que ces quatre là font de « The Knight rides again ». Stan Getz en preux chevalier chevauche le tempo. « Le Jazz c'est l'art de transformer le saucisson en caviar » disait Barney Wilen, autre sax ténor. Stan Getz, toujours à l'écoute du neuf, jouait en 1969 avec Chick Corea (claviers) et Tony Williams (batterie) empruntés à Miles Davis sans oublier Miroslav Vitous, contrebassiste tchèque, cofondateur de Weather Report, le groupe phare de la fusion des années 1970.

En 1971, Stan Getz arrive à Paris, écoute un trio (Eddy Louiss, orgue Hammond, René Thomas, guitare électrique, Bernard Lubat, batterie) . Il est enchanté et embauche le trio pour sa tournée européenne. Un Béké, un Belge, un Gascon accompagnant un Juif newyorkais, cela donne un pur miracle de chaleur et de douceur « Dynasty » enregistré Live in Concert au Ronnie Scott, LE club de Jazz de Londres. Si cette « Song for Martine » ne vous donne pas envie de déclarer votre flamme à la femme de votre vie, Messieurs, c'est que vous ne l'avez pas trouvé.

A noter en 1975, un live at The Famous Ballroom (Baltimore, USA) où une version déchirante de My Foolish Heart où Stan se livre c½ur et âme, se livrant à chaque note est suivie d'une Fiesta endiablée digne d'une résurrection.
Les années 1980 sont marquées pour Stan Getz par la rencontre avec le pianiste noir américain Kenny Barron qui est toujours un des Géants du Jazz actuel.

Affaibli par le cancer, Stan Getz refusa la chimiothérapie et tout autre traitement lourd préférant des herbes curatives . La mort finit par rattraper cet éternel jeune homme un jour de juin 1991. Mais avant de quitter cette vallée de larmes, Stan Getz nous laissa son chant du cygne, un duo avec Kenny Barron enregistré en concert au Montmartre Club de Copenhague en mars 1991 publié par Polygram France sous le titre de « People Time » ; Stan Getz donne tout ce qui lui reste, vainquant la souffrance par la beauté. La technique, l'inspiration illimitée, le son sont toujours là. Mais, en plus ici, il y a ce sentiment d'urgence cet adieu digne de Clément Marot:
Adieu la cour, adieu les dames
Adieu les filles et les femmes
Adieu la vie adieu la danse
Adieu mesure adieu cadence

« Si mon style est inimitable, c'est parce qu'il est trop simple » disait Stan Getz. Je ne sais si le style de Stan Getz est simple. Ce que je sais c'est que son son est toujours aussi pur que ses intentions. En résumé, comme le dit son collègue saxophoniste ténor, le Noir américain, Joe Henderson : « Stan Getz, quel cadeau pour le monde ! »

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# Posté le dimanche 13 avril 2008 09:06

Modifié le lundi 01 septembre 2008 04:28