Herbie Hancock par Antoine Hervé

La leçon de Jazz d'Antoine Hervé : Herbie Hancock

Paris. Auditorium Saint Germain. Jeudi 25 juin 2009. 19h30.

Antoine Hervé : piano, Fender Rhodes, Vocoder
François Moutin : contrebasse, guitare basse électrique
Louis Moutin : batterie
Véronique Wilmart : électro biglophone

La leçon de Jazz de ce soir était consacrée à Herbie Hancock, pianiste, claviériste, compositeur né en 1940 à Chicago. Je reprends ici ce que j'ai noté des propos d'Antoine Hervé. Les erreurs sont miennes.

Herbie Hancock est un grand compositeur de standards, précurseur dans le latino, le jazz rock, le hip hop, la techno. Il continue d'être le maître à penser de la génération hip hop et entamera en 2010 à 70 ans sa 6e décennie de carrière. Herbie Hancock a deux aspects : Jazz, Commercial.

Pour commencer « Dolphin Dance » une évocation de la Mer. Piano, contrebasse, batterie. Un morceau souple, subtil, swinguant, bref du Herbie Hancock. Après une journée chaude enfermé au bureau, ça nettoie la tête.

Formé au classique, Herbie Hancock joua du Mozart en soliste invité de l'Orchestre symphonique de Chicago à l'âge de 11 ans. Pour un Noir américain, en 1951, la performance est à saluer.

Herbie Hancock est aussi ingénieur du son, ingénieur informaticien. Il obtint son diplôme en 1971 après déjà dix ans de carrière professionnelle comme musicien.

Dès son premier album, il obtint son premier tube, « Watermelon man ». Il le rejoua dix ans plus tard en version funk électrique avec son groupe les Head Hunters. François Moutin passe à la basse. 3*4 mesures puis 5, 4, 3. Des mesures asymétriques dans le Funk, seul Herbie Hancock pouvait avoir cette audace le premier. Herbie joue au piano des accords de guitare. C'est un homme bien dans sa peau, relax. Sa musique donne une sensation de bien-être. Herbie aime rejouer ses thèmes dix - vingt ans plus tard. La rythmique est très en place, le piano très relax. La tension entre les deux crée le swing. Herbie Hancock a réussi à accorder des bouteilles de bière pour cette version de Watermelon Man ( à écouter sur l'album « Headhunters »). L'ordinateur de Véronique Wilmart, nommé électro biglophone en hommage au Biglotron de Pierre Dac, reproduit les bruitages de la version originale des Headhunters. La rythmique groove, bien en place et Antoine Hervé joue la main droite sur le Rhodes et la main gauche sur le piano. Un solo de piano pendant que la rythmique tient le groove. Effectivement, le contraste entre le relâchement du piano et la tension de la basse et de la batterie est saisissant. Le bruitage repart et le jeu sur deux claviers aussi.

Miles Davis embaucha Herbie Hancock en 1963. Le Free Jazz cassait les barres de mesure enlevant les accords et les harmonies. Herbie enlève les accords mais pas le tempo. Démonstration avec « Sorcerer » morceau d'Herbie Hancock qui devint le titre d'un album de Miles Davis et même un surnom de Miles Davis (avec « Prince of Darkness » autre titre du même album). Explication sur les chromatismes et les accords. Sans accord, on ne trouve plus la tonalité. Ils jouent une version nerveuse, sèche de « Sorcerer ».

Un autre thème d'Herbie Hancock « One finger snap » beaucoup plus complexe que son titre ne l'indique (« Un claquement de doigt »). Un morceau plus rapide, plus abstrait que « Sorcerer ». Ca trace.

Herbie pouvait mener en même temps dans les années 1970 un groupe électrique (Headhunters) et un groupe acoustique (VSOP : Very Special One PerformanceFreddie Hubbard remplaçait Miles Davis à la trompette, groupe qui joua plus d'une fois, contrairement à son nom). Herbie fut vilipendé par les puristes mais il s'en fiche.

Démonstration avec « Actual Proof ». Morceau particulier dans les mesures, dans la façon de faire sonner les riffs. Les frères Moutin s'éclatent à jouer funky. Pas de clavinet mais du piano. Ca ne fait pas les mêmes effets. Jeu très staccato du piano comme indiqué par Antoine Hervé.

Herbie écrit de façon populaire, simple, mais toujours personnelle. « Maiden Voyage » répète une figure rythmique. Une série continue de croches : 2, 3, 6, 2, 3 ; Thème avec une intervalle de quartes. Cette répétition crée un climat particulier. « Maiden Voyage » un album qui évoque la Mer. La musique est acoustique, fraiche, légère, aérienne comme une Invitation au Voyage de Charles Baudelaire. Solo de François Moutin qui allonge les notes, les fait durer à plaisir.

Le jeu d'Herbie Hancock est influencé par les impressionnistes français (Debussy, Ravel) et les Russes (Rachmaninov, Scriabine).

« Eye of the hurricane » est un morceau inspiré par le jeu de batterie de Tony Williams. Après les explications, démonstration. Effectivement, c'est très complexe rythmiquement.

Véronique Wilmart revient face à son ordinateur. Herbie a écrit des tubes planétaires « Future Schock » et « Rock It ».
L'ordinateur passe « Rock It » et Antoine improvise dessus au Fender. Démonstration du Vocoder par Antoine. Contrebasse et batterie le rejoignent.

« Chameleon ». Fender, basse et batterie. Ca groove moins que l'original mais ça groove.

Herbie a toujours été au carrefour des musiques. Il n'a jamais voulu se laisser enfermer dans un genre.

« Cantaloupe Island » retour au trio piano/contrebasse/batterie. Après le groove, le swing. Encore et toujours, la Mer éternelle et sans cesse recommencée.

Concert d'improvisation du groupe « Pierre et Marie Tuerie »

Après la leçon, l'improvisation.

Véronique Wilmart travaille avec l'électro acoustique. L'ordinateur est un nouvel instrument. Antoine Hervé nous explique l'échantillonnage. Du bruit on passe au son. Il faut accorder ces bruits pour en faire du son. D'un verre en cristal frappé, en ralentissant d'octave en octave, on obtiendra un gong. Aux musiciens de s'accorder avec l'ordinateur pour les harmonies et les rythmes.

J'entends des bruits de verre, d'eau, de métal. Le groupe la rejoint. Louis Moutin joue à mains nues sur sa batterie. C'est toujours là qu'il est le meilleur. Son de contrebasse plein, profond qui se détache des notes aigues de l'ordinateur. Retour à « Watermelon Man » au piano, une version revisitée, rafraîchie, rajeunie. Herbie Hancock peut être fier de ces petits Frenchies qui lui rendent hommage.

Antoine Hervé s'amuse à sortir un son de guitare wah wah de son clavier. Il y ajoute sa voix au Vocoder. Le groupe reprend un air léger, dansant entrecoupé de sons électroniques étranges. Beaucoup de bruits d'ea en arrière plan. Petite citation de Thelonious Monk au Fender. Ca marche. Bataille entre le piano et l'ordinateur.

C'était la dernière leçon de Jazz d'Antoine Hervé pour la saison 2008-2009. La prochaine aura lieu en octobre 2009 avec Médéric Collignon, trompinettiste et vocaliste et sera consacrée à Louis Armstrong. Celle de novembre 2009 sera consacrée au groupe Weather Report avec Stéphane Guillaume, saxophoniste. Celle de décembre 2009 au pianiste Keith Jarrett.
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# Posté le samedi 27 juin 2009 16:01
Modifié le samedi 27 juin 2009 16:18

Elise Caron chante Boris Vian

Elise Caron chante Boris Vian
Elise Caron chante Boris Vian.
Paris. Le Sunside. Dimanche 21 juin 2009. 21H

Elise Caron : chant
Franck Avitabile : piano
Henri Texier : contrebasse
Aldo Romano : batterie
Alex Tassel : bugle
Géraldine Laurent : saxophone alto

La photographie d'Aldo Romano est l'oeuvre de l'Imputrescible Juan Carlo Hernandez.

Boris Vian a quitté ce monde d'affreux en 1959. Il méritait bien un hommage de la part des clubs parisiens de Jazz en 2009. J'étais à celui du Sunside pour la Magnifique Elise Caron, une des rares chanteuses de Jazz dignes de ce nom dans ce monde de savonnettes emballées sous vide que nous vend le show business.Le concert était organisé par Aldo Romano.

« On n'est pas là pour se faire engueuler », sans les paroles, c'est moins rigolo. C'était le tour de chauffe des musiciens.

Le Sunside est plein comme un ½uf ce soir. Elise Caron se fait hisser sur scène en franchissant le dernier rideau de spectateurs. « Le déserteur » qu'elle chante dans le grave. La dernière fois que cette chanson a été interdite de diffusion à la radio et à la télévision française, c'était pendant la Guerre du Golfe en 1990-91. Aujourd'hui, avec Internet, cela n'aurait plus de sens. Elise le chante bien mais, venant d'une femme, c'est moins crédible.

« Je suis snob ». Elise est dans le texte, dans le personnage. Le groupe la sert sur un plateau d'argent. Elise nous fait quelques effets de sons prolongés, étirés qui impressionnent, à juste titre, le public.

« La java des bombes atomiques ». Dans le grave, Elise Caron est impériale.

Une chanson de Boris Vian que je ne connais pas. Elle parle de spleen et de migraine. « J'ai mal à la tête ». La contrebasse du Maestro Henri Texier gronde en douceur. Piano et sax alto se répondent. Vocalises à la sauce Elise. Belle musique et quel texte ! « Y a plus que l'araignée du soir pour compter sur l'espoir ».

« The man I love » démarre en duo piano/voix. C'et un standard du Jazz, un de ceux que Boris écoutait chanté par Billie Holiday. Elle le chante droit devant. Jolis frottis de balais pour lancer la rythmique puis le sax alto.

« Je bois » chanson qui inspira Serge Gainsbourg. Le « Je bois systématiquement pour oublier les amis de ma femme. Je bois systématiquement pour oublier tous mes emmerdements » de Vian devient chez Gainsbourg « Je bois à trop forte dose, Je vois des éléphants roses, des araignées sur le plastron de mon smoking, des chauves souris au plafond du living ... room ». C'est après avoir vu Boris Vian chanter sur une scène parisienne que Lucien Ginzburg décida de devenir chanteur sous le nom de Serge Gainsbourg. Décidément, en voix grave, Elise Caron est la Reine. Beau solo de bugle par ailleurs. La suite de Clark Terry est assurée.

Un autre standard apprécié par Vian en son temps « Love for sale ». C'est curieux d'écouter Elise Caron dans ce répertoire. Evidemment, ça aussi, elle sait le faire.

« Johny fais moi mal ». Comment elle assure, Elise ! Pas loin, deux jeunes filles de 1 !-20 ans , fans de Boris Vian, chantonnent en ch½ur avec Elise. 50 ans après sa mort, les jeunes filles aiment toujours le Grand Boris. Ca lui ferait plaisir de le savoir.

Elise Caron quitte la scène descendue par deux spectateurs. Solo de batterie d'Aldo Romano qui fait rouler, roucouler les baguettes sur les tambours. Travail ultra rapide de la rythmique. C'est du bebop. Le sax alto reprend. Le jeu se calme pour lancer le solo de bugle. Alexandre Tassel a un beau son mais il n'a pas la griffure de son oncle Eric Le Lann. Il est vrai que le bugle sonne plus doux, plus arrondi que la trompette. Frank Avitabile fait fumer le piano.

RAPPEL

Une chanson de Boris Vian sans Elise Caron c'est moins bien. Ca joue tout de même. La rythmique déroule. Le pianiste brille avec légèreté et élégance.

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# Posté le samedi 27 juin 2009 11:09
Modifié le samedi 27 juin 2009 14:30

Le Trio de Dan Tepfer à Paris

Dan Tepfer Trio.
Paris. Le Sunset. Jeudi 13 juin 2009. 21h30.

Dan Tepfer : piano
Gildas Boclé : contrebasse
Dré Pallemaerts : batterie
Invité
Rick Margitza : saxophone ténor

Solo de piano rêveur. Un standard « Alone together ». Batterie aux maillets. C'est rêveur et puissant à la fois. C'est léger, ça berce comme au bord d'un lac légèrement venté. La fin est un petit bijou.

Ils restent dans l'élégiaque. Ca coule comme une rivière. Les balais volètent sur la batterie. C'est une composition personnelle. Le batteur regarde la partitition. Le jeu devient plus musclé, plus viril. La musique est vivante, en mouvement. Le jeu est de plus en plus musclé, viril, sans rien perdre de sa grâce. Fin tout en douceur avec le batteur qui frotte un tambour de ses mains.

Solo de piano sous forme d'une marche lente et dansante. Le trio repart avec les balais. Ca s'ébroue comme des canards dans une mare. Retour aux baguettes et ça accélère. C'est joyeux, virevoltant. C'était « I was wondering » de Dan Tepfer.

Une ballade de Dan Tepfer. Après l'intro, c'est parti. Belle cohésion du groupe. Les balais font résonner les cymbales. La contrebasse pose les fondations. Pianiste et batteur brodent à fils d'or et d'argent. Fin sur un nuage avec l'archet qui glisse sur les cordes de la contrebasse et la baguette qui griffe une cymbale.

Un standard « All the things you are ». Ca pulse. Même dans un standard, ce trio n'utilise pas le défilé habituel thème/solo/thème. C'est intéressant. Ils jouent tous ensemble même si le pianiste est bien le leader. Justement voici un solo de contrebasse joliment ponctué par le piano et la batterie.

« All I heard was nothing » de Dan Tepfer. Dré Pallemaerts frotte un tambour de ses mains. Le morceau est printanier, aérien. La musique est légère, fugace comme un chevreuil qui disparaît à la lisière d'un bois. Tension implacable de la main gauche sur les graves (quelle pompe !) et la main droite qui virevolte du medium à l'aigu. Contrebasse et batterie pulsent dans la même direction. Retour aux mains sur les tambours. Le trio devient hypnotique.

PAUSE

Le trio est prêt avant le public. Dan Tepfer repart alors que les spectateurs bavardent et s'installent. La musique est belle mais mon écoute est perturbée par des Américaines bruyantes derrière moi.

Intro au piano d'abord virile puis plus douce pour préparer l'entrée du piano. C'est une ballade avec les balais. Merveille, les Américaines se taisent.

Rick Margitza est invité à rejoindre le trio sur scène. Démarrage à l'unisson contrebasse/saxophone ténor alors que piano et batterie soulignent. Ca chaloupe doucement et agréablement. Rick ajoute chaleur et vigueur à cette musique qui n'en manquait pas. C'est une version aérienne, légère, dansante de « Body and Soul » standard des standards.

S'ensuit un thème du Bebop dont le titre m'échappe. C'est viril, rythmé, musclé, un peu monkien, bref bebop. Ca swingue solidement sans le piano. Le piano s'ajoute, ça décolle. Rick cherche dans les entrailles du saxophone et lui fait cracher le morceau. Les Américaines profitent du solo de contrebasse pour se remettre à parler. Dur métier ! Belle série de breaks à la batterie. La tension ne descend pas.

Rick Margitza s'en va. Pour finir le set, ils jouent « Le plat pays » de Jacques Brel. Duo piano/contrebasse pour commencer. C'est bien le thème lancinant, angoissant de cette chanson. Le batteur se joint à eux aux balais. Cette version est poétique mais moins déchirante que chantée par le Grand Jacques. A la fois lourde et légère, angoissante et dansante, c'est bien joué. Le batteur monte en puissance tout en restant aux balais. C'est très bon. La fin est chuchotée entre le piano et la batterie.

Il y a école demain. Il est temps de rentrer se coucher. Au revoir, les enfants.
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# Posté le lundi 15 juin 2009 14:43

OMRY à l'Alhambra

OMRY à l'Alhambra
Pierrick Pédron. OMRY.
> Paris.L'Alhambra. Mardi 9 juin 2009. 20h30.

La photographie de Pierrick Pédron est l'oeuvre de l'Indéfroissable Juan Carlos Hernandez.

Première partie

Laurent Robin
: batterie
Benjamin Moussay : orgue Hammond, claviers
Vincent Lafer : claviers

« Tamac Moloch » morceau inspiré par une nuit de folie au Nigeria. Une espèce de groove spatial assez amusant. C'est de la musique de danse jouée dans une salle de concert. Il y a maldonne. Si des musiciens aussi talentueux ont choisi de se limiter au divertissement, pourquoi pas ? Mais qu'ils ne fassent pas les choses à moitié. Qu'ils jouent aux Bains ou autre établissement nocturne du genre afin que le public puisse danser au son de la musique. Ca reste du groove de Blanc. Le batteur tape fort avec des balais ce qui est original. Il alterne balais et baguettes avec des gestes courts des bras. L'Afro Beat est très loin. Avec le solo d'orgue Hammond de Benjamin Moussay, cela devient plus Jazz. Les claviers s'amusent comme des petits fous.

Une variation sur un morceau de musique classique (Bach ?).

Puis vient « Monica in London ». C'est l'histoire des amours tumultueuses de Laurent Robin avec une fille de Montréal à Londres. Il la cherchait partout et quand il la trouvait il voulait la jeter dans la Tamise. Le morceau est très sombre, torturé. Leurs disputes devaient être terribles vu ce que j'écoute.

« Aude to doo doo da ». Encore un morceau dédié à une fille, une Française. C'est beaucoup plus chaud, sensuel que le morceau précédent. Ca a dû mieux se passer avec celle là qu'avec Monica. Ca donne envie de danser enlacés. Cette Aude là doit savoir faire bouger son corps sans effort.

Après un groove sensuel en diable, ils finissent dans le planant. La belle Française a disparu. Ils repartent à l'attaque mais en plus sombre. C'était « In Moscou ».

ENTRACTE

OMRY

Pierrick Pédron : saxophone alto
Laurent Coq : Fender Rhodes, piano
Chris de Pauw : guitare électrique
Vincent Artaud : guitare basse électrique
Frank Agulhon : batterie
> Fabrice Moreau : batterie

Un écran vidéo est installé en fond de scène et diffuse pendant tout le concert des images superfétatoires à mon goût. La musique suffit à éveiller l'imaginaire. Elle n'a nulle besoin d'un autre art comme adjuvant.

Les batteurs montent sur scène et commencent à jouer en douceur avec les maillets. Tambours et cymbales chantent à l'unisson. Le guitariste et le bassiste les rejoignent et branchent leurs instruments. Laurent Coq s'installe aux claviers. C'est parti. Début rock'n roll et ça se calme pour l'arrivée de Pierrick Pédron. Ca sonne bien dans cette grande salle. La musique est ancrée dans le passé, bien présente et tournée vers le futur. Que demander de plus ?

Broderie du clavier. Les batteurs sont en fusion. Une tête à deux cerveaux, 4 mains et 4 pieds, le Visnou de la batterie. Vincent Artaud pose les fondations de l'édifice. Ca décolle dès le premier morceau. Le son de l'alto vole au dessus de la lave en fusion du groupe, sans se brûler les ailes.

Enchaînement direct sur un signe du patron. Ca repart au rythme d'une course poursuite pour Starsky et Hutch. Pour les titres voyez l'album Omry disponible chez tous les marchands de musique enregistrée dignes de ce nom. Ca bouge. Les lignes de fauteuils balancent au rytme des spectateurs emportés par la musique. Ca va vite et c'est bon ! Pierrick contrôle son groupe d'un geste. Groove tranquille basse/batteries alors que le clavier virevolte comme un essaim d'abeilles à l'attaque. Quand tout le groupe attaque, ça vous arrache. Pierrick est capable au sax alto d'un son grave, proche du ténor, qui se détache du tumulte ambiant. Ca enchaîne toujours. Pas de pause pour applaudir. On déguste. Il faut une grande scène pour que l'énorme son de ce groupe se déploie. Vivement la version estivale en plein air ! Guitariste et bassiste s'amusent à des bruitages électroniques alors que les batteurs maintiennent le groove.

Une sorte de ballade. Un fil conducteur court entre les morceaux. Pierrick Pédron, dans la jeune génération (moins de 44 ans selon l'INSEE) ne serait-il pas le meilleur sax alto en activité ? Créatif, touchant, puissant, pas prétentieux, pas ennuyeux. Cette musique vous emmène, comme la Mer, à bon port heureux comme Ulysse. Pierrick Pédron n'est pas Breton pour rien, parole de Rennais ! Pause pour applaudir.

Pierrick annonce « Omry. Partie 2 ». Ca balance avec une influence proche orientale. Ca commence doucement puis des éclairs de rock'n roll viennent briser tout. Déchaînement de violence coordonnée par le sax. Ils se calment très vite pour revenir à la douceur. Une voix parle en fond sonore dans une langue étrange. Pierrick revient pour exposer le thème tout en douceur. Solo de guitare bien rock'n roll sur une belle Gibson rouge dans le genre de celle de Chuck Berry. Chris de Pauw joue au guitar hero. Cette machine tue tous les fascistes. Pierrick y ajoute le son du sax alto. Derrière, basse et batteries poussent sans relâche.

Ca enchaîne avec un solo de basse prolongé par le séquenceur. Vincent Artaud reste seul sur scène à genoux pour contrôler les effets de sa basse. Il utilise le même modèle que Sir Paul Mac Cartney mais modernisé. Ca plane et ça vibre. Avec ce groupe, pas de doute, Pierrick Pédron a le truc du moment, un truc qui durera. Vincent Artaud recrée la Mer, le vent, les mouettes, tout un monde de rivages mystérieux et d'horizons lointains avec une guitare basse électrique et un séquenceur. Rien de démonstratif juste une Ode à la Beauté. Laurent Coq le rejoint puis les batteurs. Ils relancent doucement la machine. Tout le groupe est revenu sur scène. La guitare ponctue doucement. C'est reparti pour un autre tour de magie. Laurent Coq est au piano. C'est la ballade fatale. Le piano s'échappe alors que basse et batteries le suivent. Le sax alto de Pierrick s'envole mis à feu par la rythmique.

Ca monte, ça monte. Laurent Coq repasse aux claviers. C'est devenu électrique, pyrotechnique, cosmique, cataclysmique. Alors que des images de route défilent à l'écran, ces gars tracent leur route et nous emmènent où ils veulent, quand ils veulent. Ca dépote sévère. Cessation soudaine des hostilités. Ils repartent plein gaz avec une accélération digne d'une F1.

Le concert se termine. Duel de batteurs pour boucler la boucle. Mon voisin est un vieux gentleman anglais, batteur de Jazz. Il se régale. C'est varié, ça tricote. Le duel se règle aux baguettes. Ils se jugent, se jaugent, s'écoutent, se provoquent, se répondent. Seul Laurent Coq est resté sur scène les écouter.Ca se termine avec une note de claviers à l'unisson avec les batteurs.

RAPPEL

Retour au Jazz avec un duo piano/saxophone alto. Pierrick Pédron ne chante pas ce soir. Il n'en a nul besoin tant il sait faire chanter son saxophone alto. Et ça paie. Cette ballade nous enveloppe dans une bulle de douceur. Le reste du groupe revient sur scène. Un solo de guitare puis la fin sur le thème.

Applaudissements, révérences, sifflements d'admiration. Quel concert ! Comme tous les autres spectateurs je pourrai dire que j'y étais.


# Posté le vendredi 12 juin 2009 03:24
Modifié le vendredi 12 juin 2009 04:42

La servitude volontaire d'Olivier Temime et Compagnie

The Volunteered Slaves. Paris. Le Sunside. Jeudi 4 juin 2009. 22h

Olivier Temime
: saxophone ténor
Jérôme Barde : bardophone
Emmanuel Duprey : Fender Rhodes
Akim Bournane : basse
Arnold Moueza : percussions
Julien Charlet : batterie

Le nom du groupe The Volunteered Slaves est un hommage à l'immense multi instrumentiste "Rahsaan" Roland Kirk auteur de " Volunteered Slavery " morceau qui vous fait l'effet d'un décollage de la fusée Ariane.

Ca sonne comme du Herbie Hancock des années 1970. Bref ça groove. Olivier Temime sonne comme Joe Henderson. Erreur. C'était un morceau de Prince.

« Herbert » hommage de Jérôme Barde à Herbie Hancock. Pour ceux qui l'ignorent, le bardophone est une guitare conçue par Jérôme Barde en forme de haricot blanc. Ca sonne bien. Ce morceau est une sorte de ballade, assez énergique tout de même.

« La danse de Mafate » d'Emmanuel Duprey est-elle un hommage à l'½uvre d'Olivier Calmel « Travelling Mafate » ou est ce l'inverse ? Ca groove bien pour des petits Français mais c'est moins original que Pierrick Pédron et son Omry. C'est une musique plutôt faite pour danser que pour écouter or nous sommes coincés sur nos sièges d'enfants dans la cave du Sunset. Olivier Temime s'amuse à faire des bruitages sur un petit clavier électronique. Il sait aussi faire groover le saxophone ténor. Les leçons données par Johny Griffin n'ont pas été perdues.

« Joy » de Jérôme Barde. C'est aussi le titre d'une composition de Wayne Shorter et d'un album torride d'Isaac Hayes. Les rythmes sont dansants,africains,saccadés. Mon voisin est un grand quinquagénaire, élégant, en costume cravate avec la rosette de la Légion d'Honneur. Lui aussi bat de la mesure de la tête.

« I heard it through the grapevine » (Marvin Gaye). Une version fidèle à l'original.

« ABC » des Jackson Five. J'ai mis un certain temps à la reconnaître celle là. C'est du groove qui tourne à la transe. La pulsation se sent dans le ventre.

PAUSE

Démarrage par un solo de percussions avec quelques ponctuations du batteur. Après les timbales, les congas. Les peaux chantent. Le sax ténor puis le groupe enchaînent. Toujours groovy baby ! C'était « Zabriskie Point » d'Emmanuel Duprey (film éponyme de Michelangelo Antonioni).

La « Ritournelle » de Jérôme Barde est agréable.

« Sly » ou l'hommage d'Herbie Hancock à Sly Stewart dit Sly Stone. Version fidèle à l'esprit du morceau avec le sax ténor en plus.

« Breakfast in Babylone » le titre éponyme de l'album du groupe. C'est chaud, ça suinte. Nul besoin de bâillonner ce Barde puisqu'il ne chante pas, par Toutatis !

« Swimming Head » (Emmanuel Duprey). Une ballade avec un groove hypnotique de la basse, des roulements de tambours souples et chauds.

« Butterfly » (Herbie Hancock). Ca groove et ça vole. Bref c'est le papillon hancockine. Beau duel batterie/percussions. Ca monte en transe. Bien joué Messieurs.
# Posté le dimanche 07 juin 2009 04:55
Modifié le dimanche 07 juin 2009 05:27